Depuis bientôt deux ans c’est la même rengaine, la même rumeur qui parcourt les soirées toulousaines. On nous annonce semaine après semaine que La Dynamo, haut lieu culturel et musical toulousain s’il en est ne va pas tarder à fermer ses portes. Une sombre histoire de complexe immobilier/hôtelier (suivant les sources) qui serait favorisé par rapport à la tenue d’une salle de concert en centre-ville de la ville rose. L’ennui principal étant tout de même que si Toulouse manque de quelque chose c’est bien de ce genre d’endroit, un lieu à la programmation originale, où les découvertes auront été légions durant de (trop peu) nombreuses années.

Il y a une dizaine de jours se déroulait la dernière semaine « rock » de la Dynamo avant arrêt définitif de la musique entre ses murs. Une semaine qui aura vu débarquer pas mal de groupes, quelques soirées, une pointe de tristesse et une bonne grosse dose de nostalgie pour tous ceux qui y auront participé.

 

Mercredi 7 Septembre

C’est une étrange atmosphère qui plane dans la salle de concert de La Dynamo au moment où l’on en passe les portes. Certes il s’agit d’un mercredi soir et la rentrée à déjà fait son office depuis de trop nombreux jours mais ce que l’on ressent c’est surtout un étrange mélange de chaleur humaine, de volonté d’en découdre et de spleen. Une combinaison qui, comme un fait exprès, ressemble à la description que l’on pourrait faire de l’univers musical du groupe en train de se produire sur scène au moment de notre arrivée, [Camera]. Le groupe toulousain est bien connu d’Inthemorninmag après avoir donné une interview à Anaïs il y a de cela quelques mois. Leur style s’il ne manque pas d’effets évoquant une certaine noirceur n’en est pas moins très rock, en témoignent l’utilisation parfois saturée de leurs instruments et les riffs de guitare très marqués. La voix est juste, profonde et apprivoise la salle comme le public. Un public finalement plus nombreux que ce que l’on aurait pu attendre un mercredi de septembre. A croire que personne n’a réellement envie de retrouver un « rythme de travail » classique, de voir la Dynamo arrêter de programmer des concerts ou encore d’accepter la fin de l’été. Le rappel, mérité, interviendra après une reprise d’Alain Bashung, Samuel Hall. L’occasion de se remémorer le Bashung rockeur, au moins aussi bon que le Bashung poète et ce même si les deux sont totalement indissociables. C’est ce mélange de rock et de poésie qu’offre [Camera] ce soir et de leur part, pour une dernière à La Dynamo, on ne pouvait espérer qu’il en soit autrement.

wotn9-11

Après une jolie fin de concert suivie d’un ou deux rafraîchissement(s) à consommer avec modération il est temps de retourner dans la fosse, là où tout se passait, se passe et ne se passera plus dans trop peu de temps. Pour la clôture de cette soirée c’est un autre groupe habitué des lieux qui nous attend pour un show assaisonné de rock, de chanson irlandaise, d’appels à la motivation sans faille du public et, bien évidemment, de bière(s). Les Booze Brothers sont dans la place et on sent qu’une furieuse envie d’en découdre les anime. De très nombreux fans du groupe sont présents dans la salle et il apparaît maintenant clairement que nul n’est venu ici ce soir par hasard. Quoi de mieux pour dire adieu à une salle comme la Dynamo, mélange de découvertes musicales, de sueur et d’alcool qu’un groupe qui a décidé ce soir de tout envoyer en terme de son, de bruit et d’énergie ?

wotn5-13

Le symphonie des musiciens, prenant la forme d’un magnifique bordel organisé et répété, mélangeant nombre d’influences, rappelant autant Noir Désir que les Dropkick Murphys colle parfaitement à l’ambiance générale qui se dégage de cette fin de vie de La Dynamo. Chantons, dansons, oublions qu’il faudra dans quelques temps trouver un autre endroit qui nous laisse rentrer à peu près à n’importe quelle heure, que l’on ait envie de découvrir un groupe de rock progressif indépendant ou d’aller finir une nuit bien entamée en écoutant de la techno ou même de la trance.

wotn9-13

Au final et après plusieurs chansons des Booze Brothers une évidence frappe, toute leur performance aura été pareil à un immense rappel. Comme si tout le monde avait envie de rester là, de figer le temps et de ne pas accepter que chaque chose avait une fin même si on ne se rappelle souvent de la fin que des bonnes choses. Le public mis à contribution aura joué le jeu jusqu’au bout et n’aura eu de cesse d’haranguer le groupe au moins tout autant que ce dernier aura harangué son public. Un beau moment entre un groupe et son public qui aura même vu des « amateurs » piochés dans la fosse reprendre certaines chansons des Booze Brothers, réalisant là ce qui ressemble à s’y méprendre au rêve de pas mal de monde.

On repart de cette soirée accompagnés d’une belle énergie, mêlée malheureusement à une légère mélancolie.

Samedi 10 Septembre

Il serait ici trop long de détailler les liens qu’IntheMorning entretient avec Progrès Son, comme il serait trop long de rappeler les liens qui unissent Progrès Son à la Dynamo. Trop de soirées, de rock, de bières, d’amitiés et d’émotions dont nous avons été témoins à la Dynamo depuis que nous avons commencé à suivre les aventures de la joyeuse bande rock.

C’est donc avec une légère appréhension qu’on pousse les portes de la Dynamo en fin d’aprem’, une petite boule au creux du ventre en pensant que ce coup-ci c’est la dernière, pour de bon, pour de vrai. Il n’y plus de semaine du rock entre ces murs, plus de grosses soirées à finir à rigoler avec les copains en descendant des KoenigsBier tièdes, plus de photos depuis l’escalier des loges…

Pour l’occasion ils sont venus, tous les copains bénévoles de l’asso avec le  sourire un peu triste que l’on doit arborer aussi mais une putain de furieuse envie d’en découdre, une dernière fois. La scène rock locale aussi a entendu l’appel de Progrès Son visant à venir dire adieu à la Dynamo. Tous les groupes amis sont là pour envoyer du gros une dernière fois: Charly Fiasco, Face B (feat Bruit qui Court), The Rusty Bells, Octarine

14341670_10210558396421707_1262246632_n

On commence la soirée avec le traditionnel tournoi de « Beer Pong » du Progrès Son Football Club, ça permet de se chauffer un peu la voix en encourageant les copains, et aussi de commencer tranquillement à sécher quelques pintes pour lancer la machine.

Les concerts attaquent juste après avec du tranquille pendant que la salle se remplit tranquillement. Winnipeg est sur scène avec son folk posé et les têtes remuent lentement dans la fosse, les gens se rappellent peut-être toutes les soirées qu’ils ont passées ici en se disant que c’est la dernière. C’est en tout cas ce qui se passe pour nous, alcool et nostalgie, en attendant le rock.

14356037_10210558396341705_119443044_n

Et tout se déroule comme prévu, le rock arrive. Octarine envoie grave et la salle est désormais blindée. Pour la dernière fois Progrès Son fout le boxon dans la Dynamo et c’est rien de dire que ça claque. Face B et Bruit qui Court déboulent sur scène pour un duo qu’on attendait depuis le début de la soirée. Le pire c’est qu’a ce moment-là nous savons que nous allons devoir partir, d’autres obligations nous attendant ailleurs.

Ça sent la fin bordel, cette fois-ci on y est. On se dirige vers l’étage pour embrasser la salle entière une dernière fois. Face à la scène, avec un gros pogo juste en dessous et un mur de guitare en pleine tronche. Le chanteur de Bruit qui Court s’offre un dernier slam et on écrase une petite larme en réalisant que c’est la dernière fois qu’on voit cette salle dans cet état. Une dernière grande respiration, une dernière bouffée de bière, de sueur et de rock et on quitte la salle sans se retourner, surtout sans se retourner.

C’était la Dynamo, c’était le rock, et c’était bien.

Par Pierre & Arnaud, 

Photos: PNC Photographie et Fabien Labarbe de Progrès Son (merci à lui, merci à eux).

A propos de l'auteur

IntheMorningMag, le webzine sur l'actualité culturelle on the rock !

Articles similaires


Laisser un commentaire