Par Arnaud

Le coup de cœur du rédacteur : « En Pays Cannibale »

Nul n’est sans savoir qu’ITMM a participé activement au Festival International du Film Grolandais. Cet état de fait implique plusieurs activités pour les hommes de terrain que nous sommes. Ce festival c’était des soirées plutôt éclectiques dont nul ne sort indemne. Des rencontres avec des héros grolandais ou du quotidien (car un barman est un héros du quotidien), avec des réalisateurs ou acteurs (ou tout autres membres de la profession), une exposition sur les premiers grolandais, quelques happenings…

Mais les 20 ans du Groland c’était avant tout des films à voir. Pas nécessairement des films destinés à attirer des millions de personnes dans les salles. Pas même des films ayant la prétention d’être distribués au niveau international. Non, des films sortant des sentiers battus, des œuvres portées par leurs auteurs. Des longs-métrages pour lesquels des studios en « expansion » se sont battus, pendant très longtemps pour la plupart d’entre eux. Et c’est bien là que l’on se trouve dans la quintessence du Septième Art. Lorsque l’on met de la passion dans ce que l’on crée, la création ne peut en sortir que grandie. Et ITMM en a vu des films passionnés. L’un d’entre eux a particulièrement attiré mon attention. Mon coup de cœur de ce week-end exceptionnel en fait. Et c’est à Alexandre Villeret (oui, c’est le fils de Jacques, la question est désormais évacuée) que l’on doit ce petit bijou d’adrénaline, de drogue et de sexe (entre autres) intitulé En Pays Cannibale.

Le pitch est relativement simple, on se retrouve plongés dans la vie et le cerveau de Max, jeune dealer à qui l’on donne 22-28 ans et qui semble ne vivre qu’au jour le jour, faisant fi de ce qui rythme la vie du citoyen lambda. On apprend pourtant dès le début du film qu’un mal le ronge, une souffrance intérieure impliquant le suicide de son père alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années. Max enchaine/accumule les conquêtes, les soirées dans lesquelles on ne pense ni au lendemain ni au jour d’après.

Après une scène où il nous rejoue Le Mépris de Godard, accompagné de Dany Verissimo (que certains connaissent peut-être encore sous son ancien alias…) Max décide que pour les prochaines 48 heures son ami Lenny devra le suivre, caméra au poing. Le suivre dans sa folle cavale contre la vie. Et c’est alors flanqué de cet aspirant metteur en scène et d’un élève ingénieur du son que va débuter un périple de deux jours-deux nuits à se droguer, de toutes les manières possibles, à coucher avec de nombreuses filles (enfin, on le devine). Mais surtout, deux jours à rencontrer des gueules. Toute une galerie de personnages tous plus disjonctés les uns que les autres. Si la personnalité et les agissements de certains peuvent choquer de prime abord, une fois « rentré » dans le film on ne peut qu’en demander toujours plus. Et c’est là l’un des coups de maitre du metteur en scène. Faire en sorte que l’on s’attache à toutes ces situations et personnages de prime abord anxiogènes. La montée se fait progressivement, tout ne fait qu’empirer et pourtant on se retrouve scotchés et dépendants minutes après minutes. La mise en scène clipée laisse sur le cul, la bande-son aussi (cette bande-son…). Mélange d’électro de tous bords donnant l’impression de voir ce long-métrage comme on participe à une soirée.

Le parti pris du noir et blanc est également une très bonne idée dans la mesure où il n’apparait pas comme étant par défaut. Ce choix de « non couleurs » est légitimé par l’aspect donné aux gueules qui composent En Pays Cannibale. Les comédiens, pas tous vraiment confirmés, rendant d’ailleurs bien la confiance qui leur a été accordée. Outre les personnages principaux (les trois garçons parcourant la ville) on peut donner quelques mentions spéciales. Dexter, grande folle au charisme dégoulinant et Magdalena Malina, magnifique en femme folle à lier mais folle d’amour avant tout campent avec puissance (et plaisir on dirait bien) des personnages essentiels au déroulement de l’histoire, sans être les plus présents physiquement.

En France, où il est de bon ton de dire que le cinéma peine à se réinventer, à toucher un nouveau public, on ne pourra plus se cacher. En Pays Cannibale est intemporel, générationnel, jouissif, violent et visuellement très impressionnant. Et si une pointe d’amateurisme pointe ici ou là elle n’en rend l’œuvre que plus touchante, prenante.

Si les références sont vastes dans l’univers d’Alexandre Villeret (passer en dix minutes d’un dialogue de Godard à une course-poursuite sous coke sur fond de dubstep…), il parvient à créer son propre style tout en se rapprochant d’un Danny Boyle des débuts ou, plus proche de chez nous, d’un Jan Kounen sans le côté caricatural qui peut lui être reproché parfois.

Venant du clip et de la pub, ce metteur en scène réalise un premier coup d’essai violemment osé dont on ressort comme d’une grosse soirée. Avec une violente redescente et une putain de gueule de bois.

CHRONIQUE#2 – TOURISTES!

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