Nous avons assisté à la projection exceptionnelle du nouveau film d’Yves Mora au théâtre Marni. « La peau de l’autre » ou le parcours intimiste de deux tatoueurs liés par l’aiguille depuis plus de vingt ans. Kostek et Jef ne sont pas de ces tatoueurs qui travaillent à la chaîne pour marquer la peau d’un dessin sans âme. Nous les suivons pendant 2 ans, face caméra, dans un parcours « globe trotter » où leur démarche, qui les a amené aujourd’hui à être des artistes reconnus, prend une dimension forte.

3. LA PEAU DE L'AUTRE-Yves MORA

Ultra démocratisé, à la limite d’un phénomène de mode, le tatouage prend aujourd’hui une place importante dans l’expression corporelle de chacun. Vitrine de soi ou moyen d’expression, chacun a sa démarche. Fini l’image des mauvais garçons, de l’encre tatoué ou du « Maman je t’aime ». Le tatouage est devenu aujourd’hui un moyen de prendre le pouvoir sur son corps et d’y mettre ce que l’on veut, à défaut de vivre dans une enveloppe physiologique aux dessins déjà tracés. C’est dans cet environnement là que le film présente ces deux artistes qui se sont détachés de leur salon de tatouage pour partir vers une liberté d’expression et de compréhension de l’autre.

Chacun son style, chacun sa patte, chacun son parcours aussi, mais une même idée de ce qu’ils exécutent : la mise en place sur la peau d’une œuvre qui doit rester pérenne et doit correspondre au corps et à la mentalité de l’autre, le tatoué. Durant le film, les témoignages de « l’autre » montre que la démarche vient d’un désir précis, c’est généralement celui-ci qui vient au tatoueur pour son style. S’exécute alors une symbiose entre tatoueur et tatoué où la confiance s’apparente à un prêt de son corps pour la durée du tatouage : dis moi qui tu es et je te dessinerai ce qui te représente. De la fille à la peau douce et jeune à la femme cinquantenaire, chacun vient chercher l’artiste en priorité, et l’exécution se développe en plusieurs phases. Non sans mal, le tatouage prend forme au fur et à mesure d’une rencontre qui va amener à porter vie à une pièce que l’on désire voir et montrer.  L’artiste collabore avec sa toile et dans un sens, l’un sera le porte étendard de l’œuvre tandis que l’autre aura œuvré à rendre ce dessin si singulier.

13. LA PEAU DE L'AUTRE-Yves MORA

L’un, Kostek, dessine à même le corps et profite de la matière de la peau pour mettre en place et dessiner son tatouage; quand l’autre, Jef, produit en amont un travail sur ordinateur et adapte le dessin jusqu’au dernier moment. Deux approches diamétralement différentes et pourtant si proches : les deux nous donnent cette sensation de vouloir sortir d’une image de rebelle que l’on peut assimiler au tatoué. Ils sont libres, nous expliquent comment ils le sont devenus et comment le mot « travail » qu’ils exécutaient en boutique est devenu « plaisir »,  « passion » depuis qu’ils ont pris leur élans respectifs (l’un est à Berlin et possède son atelier privé, l’autre à Bruxelles dans les mêmes conditions). Pas de message particulier dans leurs tatouages, ils ne prennent pas la peau de l’autre pour faire passer une idée. L’émotion qui se dégage de ces encres fusionnant à même le corps délivre un sentiment indéfinissable. Jef résume assez bien cela pendant le film quand un norvégien vient le voir et lui demande pourquoi il a ces traits sur les joues : « je me suis réveillé un matin avec ça »… Ne cherchons pas à définir, catégoriser, ou structurer une œuvre qui ne peut l’être, voilà un des beaux messages laissés dans ce film. Cela n’empêche pas à nos deux gus de faire passer un message, une révolte, et c’est dans leur démarche de relation avec l’autre que l’on comprend les personnages, ainsi que leur démarche.

4. LA PEAU DE L'AUTRE-Yves MORA

On sent une liberté acquise non sans mal, mais qui leur a naturellement valu une notoriété mondiale pour leur art. Kostek et Jef suivent leur chemin, chacun de leur côté, et se recroisent à beaucoup d’occasions. Ils ont laissé derrière eux la monotonie des salons et de leurs commandes conventionnelles. Ils ont prit et prennent toujours leurs sacs à dos et laissent des marques sur bien nombre de corps. Une évolution permanente et une remise en question qui laissent sur la peau de l’autre des œuvres originales et singulières.

Pour des renseignements sur le film et le réalisateur c’est par ici !

Pour le site de Kostek c’est par ici !

Pour le site de Jef c’est par ici !

Màj : Le film sera diffusé demain soir 18/12 à 22h45 sur Arte Belgique dans l’émission « Quai des belges » & rediffusion sur La Deux le Lundi 23/12 à 23h20 !

Par Polo

A propos de l'auteur

IntheMorningMag, le webzine sur l'actualité culturelle on the rock !

Articles similaires


Laisser un commentaire