Alors qu’on se remet doucement d’un réveil suffocant pour cause de plus de trente degrés sous la tente à une heure bien trop avancée de la journée (et même de la matinée), on se dirige lentement mais sûrement vers le site où nous attend la suite du festival. Avec notamment la prestation de Fakear, jeune prodige caennais découvert via la programmation.

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On arrive donc sous le chapiteau de la Jupiler Boombox, et c’est une véritable hécatombe : au lieu de voir les gens excités et une bière en main, tout le monde semble mou, bouteille d’eau sous le bras. C’est presque triste, et on se dit qu’on ne tiendra jamais le coup, mais à peine commence-t-on à baisser les bras que Fakear arrive sur scène… Et c’est grâce à lui qu’on reste en vie ! En effet, dès les premiers morceaux, on sent tout de suite la joie voire carrément l’amour d’être ici, sur scène, de propager le son. Et ça fait quasiment tout le travail. Après, musicalement, c’est très chouettes, entre trip-hop et post dubstep toute tranquille, mais j’ai trouvé le set mal foutu, étant donné qu’il était composé des morceaux les plus lourds au début (comme « Darjeeling » par exemple, extrait de son premier EP Sauvage) pour finir par des tons plus légers. Forcément, ça fait tout redescendre…  Mais bon, c’était quand même un plaisir de commencer cette journée marathon en compagnie de ce jeune homme d’une vingtaine d’années, ainsi que de se faire bercer par la douce voix d’O’Kobbo, en featuring sur trois morceaux. On verra ensuite la fin du set de Psycho 44, groupe de rock à tendance psychobilly venu tout droit de Gand, qui joue en ce début d’après-midi sur la Last Arena. Là encore, rien de transcendant, mais ça réveille, et c’est la musique parfaite pour apprécier la première bière de la journée ! En plus la formation a l’air d’apprécier d’être ici et donne à peu près tout ce qu’elle a malgré le soleil qui leur tombe sur la tête. On ne peut alors que valider.

Mais il est temps de revenir à la Jupiler Boombox pour le set d’Onra, une de mes grandes attentes du festival. Et bien je ne serai pas déçue ! Enfin, pas complètement… Car si le début du set, composé en majorité des morceaux du superbe album Chinoiseries part. 2, avec notamment cette incroyable intro via « Fight Or Die », morceau lourd mais sensible qui aura mis tout le monde d’accord d’entrée de jeu, vers la moitié, le parisien perd vite pied et nous embourbe dans des sons ingrats qui rappellent la mauvaise électro des années 80/90 via les morceaux de son dernier EP Deep In The Night… Du coup on se lasse vite de ce mix improbable, et on préfère vite quitter les lieux histoire de ne retenir que du bon. Dommage… On rentre donc au camping faire une sieste à l’ombre histoire de reprendre des forces, et alors qu’une partie de la team va voir Band Of Skulls à La Petite Maison dans la Prairie, je m’affaire de nouveau de mon côté à la Jupiler Boombox pour voir le phénomène The Underachievers.

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Signés sur Brainfeeder, le label de Flying Lotus, les deux rappeurs se sont faits une rapide réputation de jeunes prodiges qui talonnent des artistes hip-hop de la nouvelle vague tels que Tyler, The Creator ou encore Joey Bada$$, tant ils ne sont pas là pour le bling bling, mais bien pour nous faire voyager dans les vieux sons des années oubliées du rap US. Seulement voilà, si on reconnait vite leur talent via leur flow implacables, leurs références à la ganja fatiguent un peu, et je ne parle pas du fait qu’ils tombent vite dans la facilité via des sons aux limites du trap… Du coup on apprécie, mais on ne prend pas la claque à laquelle on s’attendait. Une fois de plus, dommage… Direction ensuite le Bar du Petit Bois pour une bière blanche bien fraîche, et nous voilà fin prêts pour Kölsch, DJ danois qui distille une électro entre minimal et deep techno qui s’avèrera parfaite pour ce début de soirée. En effet, ce son est loin d’être ma tasse de thé tant il est en général synonyme de montées qui n’aboutissent jamais, mais ici, il n’en est rien : le monsieur donne à son public ce dont il a besoin pour passer un bon moment, et lui d’en faire de même, tant son sourire ne peut que nous pousser à en faire de même. Bref, une bonne petite mise en forme avant la prestation tant attendue de Nas qui a prévu ce soir de jouer son album culte Illmatic en entier.

Seulement voilà, qui dit « attente » et « mythique » dit aussi « beaucoup de monde », et vingt minutes avant le début du set, la plaine la Last Arena est déjà noire de monde… Du coup on se fait à l’idée qu’on ne verra de toute façon pas le monsieur (la grande scène de Dour n’a en effet pas de grand écran) et on appréciera d’entendre de loin ces morceaux qui ont bercés notre adolescence. En tout cas, pour avoir vu le célèbre rappeur sur scène quelques mois tôt à l’Ancienne Belgique, je peux vous assurer que ça vaut le coup ! On se dirige ensuite vers la Cannibal Stage pour voir un bout d’Atari Teenage Riot, groupe que j’étais parvenue à ne jamais voir malgré leurs nombreux passages à Dour. Et alors que je m’attendais à une déflagration auditive et cérébrale, j’ai juste l’impression d’assister à un concert de Kap Bambino. Alors soyons d’accord, j’aime beaucoup Kap Bambino, mais pour avoir vu Alec Empire a plusieurs reprises, et notamment il y a une dizaine d’années, je pensais que ce serait bien plus orienté hardcore. Mais bon, il faut bien que vieillesse se fasse, et malgré toute leur bonne volonté, ils ne font plus la musique si barrée d’il y a vingt ans… Enfin, je ne vais pas être totalement de mauvaise foi sur ce coup-là en affirmant que leur musique reste sacrément efficace, et ça m’a tout de même ravie de revoir sur scène ce charismatique duo composé d’Alec Empire donc, ainsi que Nic Endo, célèbre pour sa folie et son faux tatouage en signe chinois qui orne la moitié de son visage. Bref, le temps de pogoter un peu, et nous voilà repartis pour de nouvelles aventures en compagnie de Noisia.

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En route donc pour la Dance Hall où le public est venu apprécier en masse la drum toujours terriblement efficace du trio hollandais. Là encore, impossible de se frayer un chemin dans la foule, mais de dehors, ça marche quand même. Les organisateurs ont en effet eu la magnifique idée cette année de rajouter des enceintes au niveau du milieu du public, ce qui permet d’apprécier tout autant le set de l’extérieur. Et puis les lumières sont tellement folles qu’il est très facile de se laisse emporter dans leur trip entre drum à l’ancienne et (bonne) dubstep ! Bon, c’est vrai qu’on se serait bien passé de la présence de l’inutile voire agaçant MC 2Shy mais bon, c’est malheureusement devenu monnaie courante dans les soirées du genre, alors on fait avec.

On va ensuite jeter un coup d’œil à Igorrr sous le chapiteau de la Cannibal Stage, et on est clairement effarés par ce que l’on voit : sur de la musique entre hardtek et breakcore, deux voix s’entremêlent : celle d’un petit métalleux à l’attitude ridicule, et celle d’une grande chanteuse, elle très limpide. En gros, c’est une performance complètement surestimée (j’entends parler de ce groupe comme des « génies » depuis des années…) et surtout indigeste (à cause des rythmes complètement hachés qui n’ont ni queue ni tête) qui nous fera fuir aussi vite qu’on est rentrés. Plus jamais ça ! On reviendra donc vers la Dance Hall pour profiter de loin de la drum de Friction, autre DJ anglais que l’on ne présente plus, ainsi que de l’électro survitaminée d’Alix Perez, artiste carolo découvert via la programmation. Bref, une journée encore bien remplie qui ne nous donnera qu’une envie : aller partager notre joie avec les vrais festivaliers, ceux du camping ! Mais la suite de cette soirée se doit de rester sous silence (ce qui se passe à Dour reste à Dour !). A demain !

Hellisha


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