Ça y est, la première moitié du festival est passée, et on attend toujours une bonne surprise musicale. Triste constat… Mais au vu de la programmation de ce samedi qui s’annonce épique, on part conquérir la plaine, confiants à souhait, et ce malgré les douleurs diverses qui vont du haut de nos crânes jusqu’au fond de nos chaussures poussiéreuses.

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On attaque cette troisième journée par Forest Swords, producteur anglais découvert dans l’année grâce à l’Ancienne Belgique. J’avais d’ailleurs assisté à son concert dans le club du complexe et m’étais facilement laissée bercer par ses rythmes aux limites du dub, entre trip-hop et post dubstep… Mais là, faute à un cadre festivalier certainement, on n’entend quasiment que les basses sous la Jupiler Boombox (et la présence de son bassiste n’arrange forcément rien !). Du coup rien ne ressort vraiment du set. C’est triste car sa musique est riche tant elle emprunte à divers mouvements, mais est également rehaussée par des sonorités asiatiques qui font toute l’originalité du bazar. En plus de ça j’ai loupé mes deux morceaux favoris, mais je reste malgré tout au fond, ne voulant pas lâcher ce jeune homme qui m’avait tant fait voyager quelques mois plus tôt… Bad day ! On squatte le chapiteau jusqu’à l’arrivée de Shigeto, et malgré tout le talent et la reconnaissance qui lui imputent, on le quittera sans tarder… En effet, Shigeto est un artiste américain multi instrumentaliste qui fait tout tout seul, en studio comme sur scène. Il a donc tout un bric-à-brac d’instruments, dont une batterie, des machines à ne plus savoir qu’en faire, un micro, un clavier, un Mac… Alors c’est sûr, ça force le respect, et on est quelque peu subjugués par la performance, mais on n’arrivera malheureusement pas à rentrer dans son set, entre musique électro, trip-hop et jazz. Un peu trop barré pour l’heure peut-être, je ne sais pas.

En tout cas on préfère se diriger vers le punk semi cradingue de Cerebral Ballzy sous la Cannibal Stage. On les avait déjà vus il y a deux ans sous la Dance Hall, et ils avaient conquis un public pas gagné d’avance. Entre temps, ils ont sorti un album et ont foulé les tapis rouges de plusieurs cérémonies plus ou moins mondaines. C’est donc avec une petite méfiance que j’attends ce show. Et j’aurais eu bien raison… Fini le côté authentique du groupe ! Pourtant le chanteur y met du sien à parler comme un mec beaucoup trop défoncé, avec voix imperceptible et poses aux limites de l’autisme, mais la sauce ne prend pas. Pareil pour la musique, devenue un peu trop facile et propre à mon goût… Certes ça sonne toujours punk dans le rythme, mais celui qui fonctionne trop bien pour nous toucher. Du coup, victime d’un coup de massue sur la tête, je préfère faire une petite sieste (chose quasi impossible à Dour tant les agents de la sécurité, ainsi que les festivaliers, passent leur temps à te demander si tu vas bien !) en attendant le show de Gallows. Là encore, j’avais eu la chance de les voir pour la dernière tournée avec l’ancien chanteur, un petit roux maigrelet qui répondait au nom de Frank Carter. J’ai le souvenir d’un concert brut de décoffrage et très émouvant, dont un final avec les mecs de Rolo Tomassi, autre formation de hardcore tout droit venue d’Angleterre. Bref, mes dents acérées attendant au détour le nouveau chanteur, Wade McNeil, ancien frontman du groupe de post-hardcore Alexisonfire. Et bien je ne serai pas déçue ! Dès les premières notes, on se prend un tourbillon de gros sons dans la tête qui nous laissent bouches bées ! Entre vieux et nouveaux morceaux, il est difficile de noter une différence tant ils ont gardé l’esprit d’origine, ce qui est chose rare dans les groupes dont un ou plusieurs musiciens se sont fait la malle… C’est peut-être ça finalement ma bonne surprise du jour ! Malheureusement, il faut avouer qu’au sortir de la sieste, c’est dur à digérer, donc à peine le temps de constater qu’ils font toujours bien leur travail, je sors du chapiteau pour aller reposer mes écoutilles ailleurs.

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On repasse par la Last Arena pour apercevoir Cypress Hill au loin, mais rien de nouveau sous le soleil : bon hip-hop des familles, ganja à gogo, rythmes latinos et rock, public en joie. Oui, bon, certes. C’était drôle la première fois, la deuxième un peu moins. La troisième fois, on préfère carrément continuer sur notre lancée et aller voir ce que donne Madball. Pourtant ça fait partie de ces groupes qu’on a tous vus mille fois en festival mais on sait que c’est toujours un bon moment à passer, alors on y va quand même. Et bien ce concert ne dérogera pas à la règle. Avec un Freddy aux cheveux étonnamment longs mais toujours en forme, on se laisse avoir une fois de plus par ce hardcore façon New-York si efficace ! Que ce soit les récents morceaux, plus dans la veine hip-hop avec des passages lourds au possible qui feront trembler le pit (parfois vraiment immense !) de la Cannibal Stage ou bien les plus vieux qui sonnent vraiment à l’ancienne et donc plus punk/hardcore à coup de circle pit déjanté, on n’a pas une minute de répit et le concert passe comme une lettre à la poste. En plus, victoire, mes comparses, peu friands de ce genre de musique, sont restés jusqu’au bout du set et ont apprécié. Rien n’est perdu ! C’est ensuite au tour de Sick Of It All de prendre le relais, les vieux potes de Madball, cela va sans dire. Eux aussi donnent dans le hardcore bien efficace, du plus lent au plus rapide, mais j’ai eu ma dose, et après quelques morceaux qui me font me rendre compte que rien ne changera jamais (le chanteur est toujours aussi fou et le guitariste saute toujours aussi haut !), je préfère calmer mes tympans avant le concert de The Hives.

Celui-ci a lieu une petite heure plus tard sur la Last Arena, et je suis étonnée de voir que même après le début du set, la plaine est loin d’être bondée. Je parviens même à retrouver les copains, élément indispensable pour apprécier ce concert que j’avais trouvé bien trop fou il y a un an et demi de cela à Bruxelles. Et là aussi, on passe un très bon moment, entre pogo bon-enfant, chants en cœur et bonne tranche de rigolade grâce au charisme indiscutable du chanteur, mais on ressort de là un peu déçus malgré tout… Peut-être est-ce du à la trop grand configuration de cette scène ? Ou peut-être au passage à vide de quinze bonnes minutes où le chanteur blablate et passe de gauche à droite de la scène en applaudissant tantôt des gens du public, tantôt ses musiciens, tantôt lui-même ? Je ne sais pas, en tout cas ça marche beaucoup moins bien que la fois précédente, et on reste sur notre faim.

D’ailleurs, il est temps de se ravitailler (en dur comme un liquide), et arrive l’heure de Doctor P. Alors ce n’est pas qu’on l’attendait vraiment le petit, tant il a joué à Dour mais bon, à cette heure-ci, si on veut se réveiller à coups de grosses basses, c’est à la De Balzaal que ça se passe ! Évidemment, on arrive là-bas, et même la « scène » extérieure est bondée, mais on ne lâche pas l’affaire, et on arrive à se frayer un chemin jusqu’à une place de choix, entre le bar et les enceintes (tout est une question de tactique). Et sans surprise non plus, on se laisse vite emporter par sa dubstep ultra efficace, teintée d’électro survitaminée et de drum n’ bass façon nouvelle école. Seulement c’est le moment que la météo a choisi pour nous emm….. et tout le monde se réfugie sous le chapiteau afin de se protéger de cette drache assassine. Du coup, gros mouvement de foule assez violent, et obligation de se rapatrier à l’endroit déserté de l’endroit : le côté de la scène (oui, on ne comprendra jamais pourquoi, mais la configuration de ce chapiteau est nulle, avec la scène sur le côté au lieu d’être au fond… bref…). Conséquence : on n’entend rien, et en plus on meurt de chaud. Alors on se dit qu’il vaut mieux aller à l’air libre et continuer sur notre lancée avec Gaslamp Killer.

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Le producteur californien m’avait faite rêver il y a trois ans, avec un show où la dubstep se faisait originale, entre lourdeur et mélodies empruntées à plusieurs courants, que ce soit le hip-hop, les musique indiennes, le funk,… Et bien là ce sera la même ! Complètement fou derrière ses machines, il balancera ce que peu de DJ dubstep font actuellement. Et surtout, il n’est pas tombé dans la simplicité du trap, poison du mouvement. Non, le mec, dont la réputation n’est plus à faire, surtout depuis qu’il est signé sur le label de Flying Lotus soit Brainfeeder, reste fidèle à lui-même et à ses sons qui nous transportent tout en nous clouant au sol. En plus ses visuels sont monstrueux, ce qui ne gâche rien. Bref, tout le monde devrait avoir sa dose de Gaslamp Killer, ça fait voir la vie autrement ! Par contre, sentant que la fatigue nous rattrape malgré notre bonne volonté, on se dit qu’il est temps d’aller voir ce que donne Chris Clark, une de mes grosses déceptions en salle. Et force est de constater que même si le niveau est légèrement au dessus de la piètre prestation à laquelle j’avais assisté il y a deux ans de cela, ce mec n’est pas taillé pour le live. Il fait des albums plus fous et plus travaillés les uns que les autres, mais sur scène, il faut des mix bizarres aux breaks étranges, ce qui coupe légèrement le voyage… Enfin, dans mon cas, car quand je quitte le chapiteau, je me rends que certains sont bien loin, yeux fermés, et apprécient la techno du compositeur anglais. Moi, je passe mon tour, et préfère me rendre dans les bras de Morphée, épuisée par cette journée aux airs de marathon…

Hellisha


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