On n’y croyait pas à notre premier réveil, et pourtant, on l’a fait : nous sommes arrivés au dernier jour de ce périple qu’aura été le festival de Dour édition 2014. Entre chaleur caniculaire et drache revivifiante. Du coup nous voilà à l’heure de la dernière chance, même si on sait que le dimanche n’est en général pas le meilleur jour du festival nous concernant… Mais on ne perd pas espoir et on se jette dans l’arène, étonnamment motivés.

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La journée commence tôt, et ce par le set de Moaning Cities, formation bruxelloise découverte quelques temps plus tôt lors de leur release party à la Rotonde, salle intimiste du Botanique à Bruxelles. Leur musique, fortement orientée rock psychédélique, rappelle The Brian Jonestown Massacre, ou encore les chansons les plus posées de White Hills. On se laisse donc vite prendre au jeu de ces mélodies inspirées qui, si elles se répètent un peu au fil du set, ne perdent jamais de leur superbe. Malgré tout, je trouve leur concert légèrement en deçà de ce que j’avais vu en février dernier. Peut-être est-ce la faute au cadre (un chapiteau peu rempli et un temps apocalyptique qui laisse pantois) mais j’ai trouvé ça plus mou que la fois précédente. Enfin, je n’en tiens pas rigueur, et suis ravie de constater qu’il y a encore de belles choses à découvrir en ce qui concerne la scène belge. On s’échappe ensuite de La Petite Maison dans la Prairie pour se rendre à la Dance Hall où le groupe Cairo Liberation Front est déjà au taquet, et il va rapidement nous amener dans son délire. Enfin, ce qu’il parait en être… Car si on peut sourire de ces trois mecs habillés en djellabas et autres uniformes de soldats qui agitent des chiffons au dessus de leur tête tout en dansant de manière assez ridicule, derrière tout ça se cache un mouvement révolutionnaire au sein du territoire des pyramides. J’entends par là l’électro chaabi, courant musical entre électro donc et musique traditionnelle, donc orientale, qui permet à une jeunesse souvent bafouée de s’exprimer autrement. Cairo Liberation Front en sont les pionniers, et ça se sent : entre une tournée de vodka pure offerte via un énorme pistolet à eau directement dans nos bouches, le trio revendique la liberté d’expression, proscrit la censure, et invite le public à se positionner en faveur des artistes égyptiens qui ne peuvent exporter leur son. Bref, un vrai régal que ce concert qui, s’ils permet de se rendre compte (un peu) de la réalité des choses là-bas, nous fait voyager et oublier où l’on se trouve. Et il faut dire que la présence des deux ravissantes danseuses qui pratiquent la danse du ventre à merveille nous aide en ce sens… Soutenez !

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Après un détour au camping pour prendre une douche salvatrice, on revient à La Petite Maison dans la Prairie pour le concert de Deep Vally, duo féminin qui, sur le papier, semble être pêchu, entre grunge et rock garage. Au final, c’est sympathique, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard, et ça ne nous entraîne pas des masses. En effet, les mélodies sont sympas, mais rien de bien original non plus, et surtout la voix rappelle un peu trop une Patti Smith sur le retour… Alors soyons d’accord, je n’ai rien contre Patti Smith, au contraire, mais il ne faut pas non plus exagérer sur les influences très chère… Du coup on squatte les tables à l’extérieur du chapiteau, et on « attend » la prestation de Breton. Groupe londonien (et visiblement blagueur) et prolifique (quatre EPs et deux albums depuis 2010), mais à la discographie variée : il fait partie de ceux qui préfèrent délaisser leur univers pour une musique plus commerciale. Car si leurs premiers efforts sont assez intéressants, leur dernier album est un mélange insipide de pop et d’électro, comme l’ont fait beaucoup trop de groupes ces dernières années (Metronomy ou encore Phoenix, pour ne citer qu’eux…). Du coup on fuit, vite, et on va se réfugier sous la Cannibal Stage où le set de Skindred va commencer d’un instant à l’autre. Là encore, c’est un groupe qui est passé un nombre incalculable de fois à Dour, et pourtant, c’est ma première. Forts d’une réputation qui n’est plus à faire, on m’a toujours dit que c’était incroyable à voir sur scène, que le chanteur avait un charisme de dingue,… Et bien moi, tout ce que j’y ai vu pour le temps où j’y suis restée, c’est un groupe de reggae avec des grosses guitares, un truc qui sent beaucoup trop les années 90 pour être intéressants en 2014… Et puis le chanteur, beaucoup plus gros, petit, et mal habillé que je ne le pensais, ne m’a pas transcendé, loin de là…

Du coup, une fois n’est pas coutume, on sort vite de là, histoire du profiter du soleil naissant au pied de la scène extérieur de la De Balzaal, et ce en compagnie de Trippy Turtle. Je ne m’étendrai pas sur son set, entre mauvaise électro et voix r’n’b, mais on n’a rien d’autre à faire, alors on reste dans le coin, et on se dit que Stwo relèvera un peu le niveau. Et c’est chose faite ! Là encore, rien de foufou, mais l’électro posée  de ce jeune français passe plutôt bien en ce milieu d’après-midi ensoleillé, et on apprécie un peu ce calme musical parmi un public disséminé, chose rare sur le festival de Dour, mine de rien… Bon, après je dois avouer que je ne retiens pas grand chose de sa prestation, mais ça a bien accompagné ma semi sieste et ma bière blanche. C’est déjà ça ! Ensuite, direction la Last Arena pour les Casseurs Flowteurs. Bon, là, on y va carrément sceptiques, tant l’écoute de quelques morceaux de l’album nous avait laissé une mauvaise impression, mais ce n’est pas comme si on avait le choix non plus (il y a bien Punish Yourself qui va commencer à quelques chapiteaux de là, mais quand tu viens de Toulouse, tu ne connais que beaucoup trop ce groupe qui, il faut bien l’avouer, a drôlement perdu de sa superbe…). Et dès les premières notes, ils confirment nos doutes : entre paroles stupides et répétitives, tubes exécrables à la « Change de pote » ou encore « Regarde comme il fait beau », un DJ Pone qui certes maitrise bien ses platines mais balancent des sons plus à la mode les uns que les autres, on passe une heure à subir et à se demander qu’est-ce que fout Orelsan. Qu’il retourne donc à son projet solo et qu’il nous ponde un deuxième « Suicide Social » au lieu de s’embourber dans des projets aussi ridicules qu’inutiles, merci. Bref, là on a trop prit trop cher en trop peu de temps, il est donc temps de se réfugier au camping afin de ne plus subir.

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Et après quelques jeux à boire qui nous remettront en joie, on se dirige gaiement vers la Jupiler Boombox où va se dérouler le concert tant attendu, par nous comme par énormément de festivaliers, de Tyler, The Creator. Impossible de passer à côté de ce véritable phénomène du hip-hop américain de ces dernières années tant son univers, qui oscille entre paroles sombres, voire glauques, et son imagerie stylisée et parfois colorée, prend aux tripes, que l’on aime ou pas. Je ne suis d’ailleurs pas forcément fan du petit, mais je suis bien curieuse de voir ce que ça donne sur scène. Et bien ce ne sera pas pour cette fois, car arrivée devant le chapiteau, on constate que c’est Coely, rappeuse flamande qu’on avait eu l’occasion de voir sur la Cannibal Stage l’année dernière. Alors certes, ce qu’elle fait est loin d’être mauvais, ses intrus sont chouettes et il n’y a rien à redire sur son flow, mais quand on s’attend à voir Tyler, The Creator, ça fait un peu mal aux fesses. Du coup on prend la tangente une fois de plus en boudant, et on va passer l’heure qui suit au Bar du Petit Bois, pour revenir au point de départ afin de voir ce que ça donne en live Foreign Beggars version 2014. Fans de la première heure du célèbre groupe londonien, on est en effet craintif de leur prestation, surtout après leur, selon nous, passage à vide avec Noisia sous le pseudo I Am Legion. Album éponyme hyper facile entre trap et dubstep pas original pour un sou, on a peur que ça s’en ressente un peu trop dans leur nouveau son. Et bien pas tant que ça. Enfin la fin du set commence à dévier vers ce courant qui bouffe tout sur son passage, mais les débuts, entre bon rap, toujours original soit dit en passant, et anciens morceaux plutôt bien remaniés (sauf « Contact » qui nous a donné envie de pleurer tant elle a été modifiée et coupée). On verra la quasi totalité du set du coup, et le temps de se rendre compte qu’on pourrait aller voir Buraka Som Systema, il est déjà trop tard. Dommage, il parait que c’était monstrueux…

Du coup il ne nous reste que l’option « errer sur le site et tenter de trouver un son qui nous est agréable », ce qui n’est pas évident, entre la performance mollassonne de Boys Noize sur la Last Arena (arrêtez donc de programmer de l’électro sur cette scène les gens, ça ne marche définitivement pas !), celle encore pire de Brodinsky à la De Balzaal, ou encore les boum boum répétitifs et donc assez inintéressants d’Amen Allstars sur la Cannibal Stage. Alors on liquide nos dernier tickets repas et boissons, et on attend Mr Oizo, vu qu’il n’est pas question d’abandonner si proches de la fin. Et on fait bien, car le concert du dimanche, c’est définitivement celui-là ! Fidèle à son intro chevaleresque emprunté à Devo (« Devo Corporate Anthem » pour les curieux), il nous séduit d’entrée de jeu et nous colle un sourire sur le visage qui ne va pas s’effacer durant la prochaine heure. En effet, force est de constater qu’en 2014, il y a encore peu de producteurs qui ne tombent pas dans l’électro facile et commerciale, voire la techno chiante « made in Berlin ». Il y en a qui résistent encore, et Mr Oizo le fait plutôt bien. Son son est gras, efficace, entrainant à souhait, et il maintient éveillés les zombies du dimanche sans aucun problème. Il faut dire qu’entre « Positif », tube qui a fait danser le terre entière en 2008, le petit « Opr » de Gesaffelstein tout bien placé, et tout un tas d’autres morceaux inconnus au bataillon mais foutrement bien mixés, il ne nous laisse pas une minute de répit. Et s’il y a des passages légèrement moins bourrins que d’autres qui nous permettent de reprendre nos esprits, on a le plaisir de pouvoir admirer un jeu de lumières parfait et complètement hypnotisant. Bref, une fois de plus, c’est un 20/20 que l’on donne à l’aise à notre cher DJ français. Par contre, pour des raisons que je ne comprends encore guère, on quittera la Dance Hall (ou plutôt l’extérieur tant celle-ci est pleine à craquer) avant la fin du set, et on ira rigoler une dernière fois devant la hardtek de Saint Acid qui fait rage à la Cannibal Stage.

Et puis il est temps de rentrer à nos tentes, et ensuite retrouver un rythme de vie normal et un peu chiant, en attendant l’année prochaine. Mais Dour, s’il te plait, ressaisis toi un peu ! Tu nous as rarement déçu, mais là, tu as fait fort : trop de groupes qui reviennent année après année, trop d’électro (on n’a rien contre mais allez, où sont passées les pointures de la scène métal et hardcore des autres éditions, et pourquoi n’a-t-on plus droit à cette musique passée 22h ?), et surtout, trop de gens ! Certes, il y a deux nouvelles scènes, mais quand celles-ci ferment à 22h, ça fait 30 000 personnes de plus sur le même site que l’année précédente, et on a vite l’impression d’étouffer, sans pouvoir profiter. Alors Dour, on t’aime vraiment beaucoup, et on ne voudrait pas te quitter, donc fais un effort !

Ta chère et tendre, fidèle malgré tout,

Hellisha


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