Alors que la société de consommation atteint son paroxysme à coups de soldes et autres promos putassières, l’équipe d’InTheMorning Mag part faire son détour habituel au fond de la Wallonie : celle du Dour festival. Une fois de plus, l’affiche est plus qu’alléchante, et ce dans tous les styles. En effet, même le plus fermé d’esprit peut trouver son bonheur tant l’éclectisme fait loi. Métal, électro, hip-hop, rock, reggae,… tout y est ! Alors on enfile nos bottes de pluie et… Ah non, cette année, gros soleil prévu à l’horizon, alors on prend nos tongs, nos lunettes et nos poum poum shorts, et c’est parti pour quatre jours de folie !

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(Article écrit par une équipe de « d’jeunes » et corrigée)

On arrive jeudi matin, et tout se déroule déjà comme sur des roulettes : on met plus ou moins deux heures entre le départ de Bruxelles et le moment où on boit une bière au camping à l’ombre d’un parasol. Les joies du statut « presse », il faut bien le dire (autrement on serait encore en train de manger les cailloux et la poussière entre le parking et le checkpoint du festival…). Il est facile de jouer de sa condition sociale de journaliste, un peu de compassion pour tous ces pauvres gens qui doivent parcourir des kilomètres alors que nous… non.

L’heure du premier concert arrive vite, et l’on court à grands pas vers le groupe qui ouvre littéralement les hostilités douriennes 2013, j’ai nommé Raketkanon : groupe inconnu au bataillon et découvert pendant l’écoute traditionnelle de la prog’ du festival quelques semaines avant qu’il ne commence. La formation gantoise nous délivre un savoureux mélange entre rock et hardcore, impatient de voir ça en live, tant leur univers a l’air foufou (enfin, on s’entend, à l’échelle du hardcore hein…). Et bien pas de déception à l’horizon. Une énergie folle anime le groupe pendant leur court set (une demi-heure) et le public se laisse prendre au jeu : pogos, sourires et hurlements égayeront ce premier concert. Le chanteur se jettera à deux reprises dans le public (et plusieurs fois au sol aux quatre coins de la scène) et c’est avec des yeux mi-ange mi-démon qu’il quittera la scène après un set des plus originaux : il y a également une touche électro via un synthé tout justement bien placé. Du coup on retourne à la tente en se disant qu’elle sent bien bon la cuvée Dour 2013… ! Deux heures et quelques bières plus tard, nous revoilà sur le site pour la prestation de White Denim.  Là encore, on ne connaissait pas, on a découvert en écoutant la prog’, et on voulait voir. Et bien pour le coup on a déchanté… Rien à voir avec nos attentes, le groupe texan joue un rock plutôt mou et pas original pour un sou. Un peu trop méchant à mon goût, White Denim ne tape certes pas dans l’originalité, mais leur rock, proche de celui de Dire Straits, fait plaisir à entendre. Belles guitares, belle batterie, tout simplement. Mais oui, un peu gentillet…

Mais je n’attends qu’une chose c’est d’aller voir le groupe canadien BadBadNotGood. Sauf que là encore, déception… Alors qu’on s’attendait à un univers électro planant, on a se trouve devant un groupe qui balance des sons stridents et complètement barrés qui nous retournent notre cerveau (déjà) embué… Il est trop tôt pour ces conneries. Du coup le groupe se scinde en deux, et certains vont se délecter face à la performance de Charles Bradley. C’est donc par cette séparation difficile que certains se retrouvent devant ce dernier, accompagné d’un groupe de jeunes qui balancent un son funky à souhait en attendant l’arrivée du nouveau James Brown. Et quelle entrée ! Le monsieur arrive avec un costume à paillettes magnifique et dépoussière nos oreilles de sa voix si rauque. Ultra sentimental par l’énergie qu’il distille, Charles Bradley chante, pleure, sourit, danse, et fait même le grand écart pour le plaisir de la foule. Un concert énergétique qui fout la patate ! Petit passage ensuite par le concert de Riff Raff, qui nous laisse de marbre. Mais le mauvais marbre, celui tout usé et un peu pourri. On reste 2 minutes et on s’en va !

D’autres se dirigent vers la Balzaal pour commencer à s’en prendre plein les dents. En effet, cette scène est dédiée aux musiques électroniques et, en gros, aux « plus bourrines ». Du coup on se dit qu’un peu de drum via Nu :Logic et Calyx & Teebee peut faire du bien. Et bien je dis banco ! En effet leur son est des plus appréciables en ce début de soirée ensoleillée, mais surtout, l’organisation a eu la bonne idée cette année d’installer un sound system à l’extérieur de la scène avec images et son de la tente. Du coup finie la chaleur intense et le trop plein qui empêche de danser à l’intérieur du chapiteau, cette année c’est dehors que l’on bougera les bras ! On se serait cru dans un teknival, très cocasse !

Balzaal

On passe ensuite en vitesse par la Dance Hall où Gold Panda, une de nos plus grandes attentes, a déjà démarré son set. Mais là encore, on repartira au bout d’un quart d’heure avec un goût amer en bouche : contrairement à ses albums qui font frétiller l’oreille via des sens planants et perchés, là ça ressemble plus à de la house chiante. Ou de la house quoi… On préfèrera donc tenter notre chance en compagnie de The Horrors, et leur rock/new wave nouvelle génération passera à merveille alors qu’on mange notre premier cornet de frites accompagné d’une bière, assis dans l’herbe au fond de la scène. Rien de remarquable donc, mais ça a au moins le mérite de se laisser écouter. On passe du coup vite fait par la Last Arena voir ce que donne Tomahawk, et même si j’apprécie d’entendre les morceaux de mes quinze ans, je ne suis pas d’humeur à supporter la frénésie Mike Pattonienne à cette heure-ci (ni mes compagnons d’ailleurs), du coup on va plutôt jouer au gangster à la Boombox en compagnie d’Action Bronson. Le rappeur américain au succès précoce (deux albums et déjà des collaborations avec Ghostface Killah, Wu-Tang Clan, Joey Bada$$,…) réussira son pari : faire lever les bras et casser la nuque de tout le chapiteau. En effet, impossible de rester impassible face à son flow rageur et les beats lourds qui l’accompagnent. On se délecte donc de ce show, et c’est avec le sourire bagarreur qu’on se dirige vers la scène où se produit Bonobo. 15 ans que je le connais et jamais vue live : une véritable malédiction. Alors autant vous dire que quand je me retrouve dans cette foule hurlante et que le son que le monsieur et son groupe est aussi bon mais bien plus lourd que ce que j’ai pu entendre de lui, je frétille ! Et là où l’homme est fort, c’est qu’il arrive à rendre son son plus lourd en live, tout en gardant le même rythme. Un groupe est là pour l’accompagner, ainsi que la mythique Bajka avec qui il collabore depuis plusieurs albums. Son chant est d’ailleurs aussi beau et limpide que sur CD, et on se délecte de ce set entre électro planante et mouvante. Sympa pour une première fois me direz-vous ! J’ajouterais même que c’était un très beau concert, nous avons « kiffé grave » !

On repart donc de là sur un petit nuage, et on décide d’apprécier le show des Yeah Yeah Yeahs de loin, assis dans l’herbe au fond de la scène avec une bière et des frites (oui, c’est un truc qui revient souvent). Et même si la « fatigue » ne nous poussera pas à nous lever, ça a l’air d’être un joyeux bordel sur la scène : alors que la chanteuse hurle à gorge déployée, le groupe envoie du rock hyper-rythmé qui a du rendre fou la moitié de la plaine, à n’en pas douter !

Mais il est l’heure d’une autre de nos plus grandes attentes du festival : Modeselektor. On a déjà vu le groupe deux-trois fois, et même si leur dernière tournée m’avait semblé un poil trop molle, c’est toujours un bonheur que de voir les berlinois sur scène. Le groupe continue en effet, à contrario de maintes DJs, de faire de l’électro, de la vraie. Pas une qui s’apparente à la dubstep ou à la techno, non. De la bonne vieille électro des familles qui donnent le sourire et te fait perdre la tête pendant une heure, ou plus. Sauf que là, Dour a programmé le groupe à la Petite Maison dans la Prairie, et cette scène est beaucoup trop petite pour le nombre de personnes qui les attendent. Du coup, ambiance suffocante assez désagréable. Mais par dessus, c’est le son qui fera défaut. On se rend rapidement compte que tout n’est question de basse, et il est même difficile de reconnaître les morceaux… Alors même si on attendait ça avec impatience et que leurs visuels tuent, on préfèrera se poser aux tables à l’extérieur, toujours avec notre amie houblonnée (elle ne nous déçoit jamais celle-là au moins). Alors que le groupe joue ses dernières notes, on se dirige vers la grande scène pour la prestation du Wu-Tang Clan. Si la formation est (apparemment) au complet, que ça envoie du lourd, on ne restera que vingt minutes tant le groupe a l’air de faire une répétition générale sans la passion ni le cœur. Problème d’ailleurs récurrent et chiant dans le milieu hip-hop, qui plus est américain… Point d’accord avec cette remarque, 2Pac en est le contre exemple : il ne joue pas de sa renommée lui, il sait rester digne et discret !

Vingt minutes après, il y a Gesaffelstein qui démarre, et il paraît que c’est la claque électro de l’été. Ok ok, on va voir ça. Je connaissais son EP Conspiracy Pt 2., et c’est vrai que la lourdeur du morceau « Viol » ne m’avait pas laissé indifférente, mais ça me semblait un peu trop répétitif – et surtout  interprété par un connard de parisien un saltimbanque de Paris en costard – pour être réellement intéressant. Et bien, merci Dour de me faire bien fermer ma gueule ! C’est une des plus grosses claques électro du siècle en fait ! Une heure de set avec des morceaux plus lourds les uns que les autres, une froideur qui ne fait que rendre l’ensemble encore plus prenant, c’était tout simplement parfait ! On en aurait bien prit une heure de plus tiens ! Mais bon, le monsieur a fumé trop de clopes, et il est temps qu’il s’arrête.

En se remettant de nos émotions, et on se dirige vers Gramatik. Là encore, une de nos attentes et un mec vu en live quelques mois auparavant, donc on sait à quoi s’attendre. Et bien non, le DJ slovène nous surprendra ce soir car il est accompagné d’un guitariste et ça passe tout simplement très bien. Ça ajoute une petite touche rock à son son déjà fort tourné vers le funk, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mais malheureusement, après ce qu’on vient de prendre par les dents, il va falloir quelque chose de plus violent.

Direction la Balzaal où s’active Black Sun Empire. Alors là, voilà, évidemment, on en prend pour notre grade. Gros son et grosse ambiance pour le mythique groupe de drum néerlandais. Ils envoient jusqu’à plus soif, et on  retrouve la vitalité qu’on avait deux heures avant devant le parisien pédant (oui oui, on parle bien de Gesaffelstein, qui ne nous aura dit ni un merci ni un au revoir, mais on le pardonne car il fait VRAIMENT BIEN son travail). Ça sautille dans tous les sens, les gens ont le sourire à n’en plus pouvoir, et on est heureux de profiter de cette musique à Dour, en extérieur, et en t-shirt ! Du coup, quand les maîtres closent la cérémonie, on en redemande, et c’est avec les français de Tha Trickaz qu’on va s’achever. En effet, leur musique, entre dubstep et hip-hop est contre toute attente plutôt originale, et on ne peut s’empêcher de danser avec eux. Il faut dire que le groupe est composé d’un des mecs de Dirtyphonics, et ce n’est pas comme s’ils ne maîtrisaient pas la chose… Du coup on passe une petite heure à se casser la nuque et à lever bras et pieds dans tous les sens, et ça fait le plus grand bien avant d’aller apprécier une première nuit en camping (la pire). Le soleil, tu l’aimes ou tu le quittes !

On va donc se coucher en faisant un bilan en demi teinte entre déceptions et grosses surprises, mais on se dit qu’à la fois, c’est ça l’esprit de Dour : découvrir et ne jamais rester sur ses acquis. A la bonne heure, on revient demain pour voir ce qu’il en est vraiment ! C’est c’la oui, à demain !

Hellisha & Polo

 


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