Direction les Halles de Schearbeek pour aller à un concert plus qu’atypique : « La face cachée de la lune » joué par la Compagnie Inouïe. Ou comment un fou furieux de musique électro-acoustique a décidé de recomposer sur scène l’intégralité de l’œuvre des Pink Floyd – « Dark Side of the moon » en condition studio !

(En lisant l’article je vous conseille de lancer l’album pour en savourer tous les détails)

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Tout d’abord nous allons faire un petit retour en arrière très bref : l’album a été enregistré au mythique studio d’Abbey Road en 1973-1974. Les Pink Floyd n’ayant jamais réussi à le rejouer réellement en concert du fait des limitations techniques de l’époque, c’est l’album de toutes les expériences et surtout l’apogée du bidouillage analogique pour le groupe : enregistrements de caisses enregistreuses de monnaie, d’horloges, de boucles à gogo, de bruitages (bruit d’hélicoptère, …), un pamphlet de la face cachée de la société actuelle et de ses vices; bref un album expérimental qui marquera l’histoire de la musique.

C’est donc assis au milieu d’un public de quarantenaire voir cinquantenaire que nous découvrons une scène remplie d’appareils plus bizarres les uns que les autres. Minimoog, synthé, orgues et autres machines analogiques à l’heure où le numérique est légion. Et, surprise, de petites horloges et surtout une caisse enregistreuse trône sur scène : nous aurons donc les débuts de « Time » et « Money » en vrai de vrai !

Les artistes rentrent sur scène un par un et prennent place au fil d’une introduction originale. L’un des deux machinistes (appelons les ainsi, vu le nombre d’appareils à bidouille qu’ils ont devant eux) crée les battement de cœur que l’on entend tout au long de l’album avec une toile qu’il tend devant le micro. L’autre machiniste enregistre alors ce battement sur un vieil enregistreur à bande et coupe la bande pour créer une boucle de ce battement qui rythmera tout le concert. Nous sommes prévenu, tout va être reconstruit musicalement pour retranscrire au détail près l’oeuvre des Pink Floyd.

« Speak to me – Breathe » commence par ce fameux battement et la guitare aux sonorités californiennes rentre par ce coup de d’éclat musical. Le coeur s’emballe. Fermons les yeux, les Pink Floyd sont juste là, juste ce soir. Une merveilleuse rentrée dans la face cachée de la lune pour le départ de ce voyage. « On the run » vient alors et Thierry Balasse, créateur du spectacle et aussi l’un des deux machinistes, compose alors un air enfantin sur un synthé. Quelques notes qu’il boucle, qu’il accélère et qu’il agrémente de quelques distorsions pour nous donner l’introduction de la musique, ce signal radio où l’hélicoptère passe, où une explosion fracasse le morceau et où l’homme court pour fuir ce capharnaüm (c’est d’ailleurs Thierry Balasse qui va courir sur un tapis pour imiter cette fuite; le jusqu’au boutisme des bruitages).

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Viennent ensuite les cloches et horloges de « Time ». Rien à redire, cette musique nous fait planer. La guitare voyage et on referme les yeux pour se faire croire que l’on y est, c’est l’heure !

« The great gig in the sky » et la voix criante de cette femme. Interprétation déroutante au début et qui se sublime sur la continuité. Elisabeth Gilly au chant, monte haut dans les aigus, très haut et dieu qu’elle doit être dure à interpréter cette musique. « Money » et son argent qui cligne. Son 7 temps qui rythme ce morceau rock découpé d’un solo tout bonnement grandiose. Puis de « Us and them » jusqu’à « Eclipse » qui nous conforte : nous avons bien décollé. Le voyage se passe sans encombre et nous allons bientôt atterrir. Les pilotes ralentissent la vitesse et nous indiquent que nous sommes derrière la face cachée de la lune. Le voyage se termine et le battement de coeur reprend sa place dans cette scène sonore. Seul perdu dans ce noir lunaire que le soleil n’éclaire pas. Si vous écoutez l’album en boucle cela vous permettra de refaire le voyage musical sans interruption.

Le concert se fini sur une ovation, un plaisir partagé, un voyage commun et surtout un sentiment d’accomplissement de ce spectacle. La justesse, l’authenticité auront eu raison de nos doutes. Conquis c’est avec curiosité que l’on écoute Thierry Balasse nous expliquer le travail titanesque qu’a représenté ce projet : 2 ans de travail de chaque musicien, de bidouille et de recherches – un grand bravo à cette compagnie.

Un bricolage où l’analogique est maître et où sa courbe sinusoïdale nous caresse l’oreille plutôt que de nous la marteler numériquement.

Si l’œuvre des Pink Floyd vous a plongé, comme moi, dans un coma musical la première fois que l’on vous l’a fait écouter. Alors allez voir ce spectacle, ça n’arrivera pas deux fois dans une vie ! (date de tournée en dessous des vidéos).

Par Polo

Dates de tournée en 2013/2014:

8 octobre, Théâtre de Draguignan

22 novembre Théâtre de Vénissieux

26 et 27 novembre, Le Moulin du Roc, Scène Nationale de Niort

30 novembre, le Théâtre, Scène Nationale de Saint Nazaire

14 décembre, Scène du jura, Scène Nationale, Dole

20 décembre, La Comète, Scène Nationale de Châlons en Champagne

17 décembre, Le Grand’R, scène nationale de La Roche Sur Yon

12 janvier, Cité de la Musique, Paris

24 janvier, L’Orange Bleue, Eaubonne

31 janvier, Théâtre de la Passerelle, Scène Nationale de Saint Brieuc

4 février, Scène nationale de Sète et du Bassin de Thau

7 février, Théâtre de Bourg en Bresse

11 et 12 février, MC2, Scène Nationale de Grenoble

18 février, Le Piano’cktail, Bouguenais

21 février, Le Quai, Angers

27 février, L’Estive, Scène Nationale de Foix

11 mars, Le Tap, Scène Nationale de Poitiers

14 et 15 mars, Maison de La Musique de Nanterre

29 mars, Scène nationale d’Albi

1 avril, Centre Culturel Agora, Boulazac

4 avril, L’Espal, Scène Conventionnée du Mans

29 avril, Le Figuier Blanc, Argenteuil

22 et 23 mai, Théâtre du Merlan, Scène Nationale de Marseille

27 mai, Grand Théâtre de Lorient

5 juin, La Baleine, Rodez


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