En ce début de semaine, l’Ancienne Belgique nous propose un concert gentillet mais assez particulier. Gentillet dans le sens où l’on se retrouve dans une ambiance feutrée et assez intimiste au sein de l’AB box, soit la grande salle du complexe sans les gradins ni les balcons, avec une capacité de plus ou moins 600 personnes, et dont les murs sont recouverts de rideaux en velours bordeaux parsemés de loupiotes qui donnent un air de ciel étoilé à l’ensemble. Particulier parce qu’on a assisté aux prestations de deux artistes aussi doués que touchants, j’ai nommé Samowar et S O H N, et dont les univers semblent tout droit sortis de cerveaux bouillonnants d’idées.

1378484_187484678104709_419718083_n

La première partie était donc assurée par Samowar (nom qui signifie « machine à faire du thé » en russe, ça n’a peut-être rien à voir, allez savoir, mais de son vrai nom Leen Diependaele), une jeune anversoise aux multiples talents qui parait sortir d’un entre-deux mondes où les arcs en ciel commencent et finissent leurs chemins dans la boue. Jamais complètement joyeuse ni triste, sa musique a le mérite de nous faire oublier où on est, l’espace de quelques minutes. De plus, comment ne pas être subjugué par la belle, frêle silhouette derrière un tas de machines et sous une robe aussi fluorescente que les boules de toutes tailles qui recouvrent son avant de scène. Et ces machines, elle sait très bien s’en servir ! En effet, le concept est simple mais bien fait : elle passe tout le show a enregistrer des boucles de voix, de sons, de clappements de mains et autres bruits divers qu’elle repasse, déconstruit, modifie, et ce pour en faire des morceaux qui semblent composés par un tas de musiciens. Et sa voix n’étant pas en reste (elle monte parfois dans des aigus surprenants !), je demeure hypnotisé pendant la demi heure qui lui est accordée ! Concernant sa discographie, ou encore sa setlist, je ne saurais en dire beaucoup, tant elle reste mystérieuse (quasiment aucune info ne traine sur le net à part la sortie récente de son EP éponyme), mais je peux dire que son final « A Good Head for Heights » a réussi à rendre muet le public, bien trop bavard et irrespectueux à mon goût… Elle a également interprété « Thirsty Well » et, si j’ai bien reconnu, une reprise de « Smalltown Boy » de Bronski Beat, revu et corrigé façon Samowar, soit un mélange de Björk et d’Émilie Simon pour le côté faussement acidulé, où le didgeridoo côtoie les sons électro. Bref, un univers bien à elle qui mérite d’être connu !

S O H N

Pendant la demi heure qui sépare les deux sets, j’ai bien le temps d’étudier la composition de la scène où plusieurs machines sont disposées de part et d’autre de la scène (sur les deux côtés et au milieu), le tout perdu au milieu d’une dizaine de néons posés à la verticale et qui ne cesseront de donner une ambiance électrique à la prestation. Celle-ci débutera avec une mélodie au piano surplombée de voix tristes qui nous amènera doucement vers « Ransom Notes », dont la lourdeur du beat contraste avec la légèreté du piano. Un musicien joue de la basse à droite alors que l’autre fait glisser ses doigts sur un clavier. S O H N (aka Christopher Taylor) arrive pendant cette intro, recouvert d’une cape noir digne des plus grands jedis, et lorsque sa voix retentit dans la salle, on peut presque sentir un frisson parcourir le public : toujours juste, jamais complètement énervante (j’avoue trouver qu’elle gêne parfois un peu la musique), elle nous fait tout de suite comprendre ce que les sons ne parviennent pas toujours à faire. Et on se laisse doucement emporter dans ses histoires d’amour brisées qui auront inspiré de beaux morceaux à l’artiste ! Il jouera la quasi totalité de son premier album Tremors (à « Paralised » près), ainsi que « Red Lines » (véritable bijou trip-hop paru sur l’EP The Wheel sorti en 2012) et « Oscillate » dont les sons rappellent parfois ceux d’Aphex Twin, tout comme ceux de « Bloodflows » d’ailleurs. Les points forts de son set résideront en l’interprétation live des morceaux « Lessons », qui finira dans une épaisse couche de basses qui me fera vaciller, ainsi que celle de « Lights », composition bien plus influencée techno berlinoise et qui fera danser la foule. On retiendra également « Artifice » et « The Wheel », par lesquels il conclura son set d’une heure, final qui mettra tout le monde d’accord. Il viendra pour l’occasion à l’avant de la scène pour nous applaudir et ne manquera pas de nous remercier, comme il l’a fait à plusieurs reprises pendant le concert. En résumé, rien à redire sur cette prestation dont tout concordait parfaitement, de la voix à la musique en passant par les lights majestueuses. Je ne saurais donc que trop vous recommander de vous pencher sur sa musique : même si la voix du petit anglais peut déranger au premier abord, ne vous laissez pas dissuader car la qualité de ses productions est au rendez-vous. Sachez par ailleurs qu’il est signé sur le label 4AD, gage de talent certain !

Merci à Kevin pour l’accréditation, ainsi qu’à toute l’équipe de l’Ancienne Belgique pour cette soirée magique !

Hellisha


Laisser un commentaire