Quasiment dix mois plus tard, à quelques jours près, me revoilà à l’Ancienne Belgique pour une prestation qui m’avait donné envie de creuser la carrière d’un jeune groupe (à l’époque), j’ai nommé Poliça. Originaire de Minneapolis, la formation vient de sortir son deuxième album Shulamith, et est donc venue le défendre sur scène en compagnie de Marijuana Deathsquads, groupe à la musique aussi étrange que leur nom. Mais passons-en aux faits.

marijuana-deathsquads

Je débarque dans la salle principale de l’Ancienne Belgique (que je ne présente plus) et c’est un public clairsemé mais en place qui se trouve déjà là. Face à leurs regards légèrement perplexes mais attentifs des musiciens jouent une musique qui ne peut laisser indifférente : entre électro, expérimentation et noise, c’est sous une configuration originale (trois machines placées l’une en face de l’autre, au milieu de la scène, donc de profil au public, et deux batteries à l’arrière) que Marijuana Deathsquads enflamme l’AB. Un des musiciens prend le micro et chante des paroles incompréhensibles et mixées qui nous rappellent ces films de SF peuplés de robots et autres extra-terrestres. Le rythme est soutenu, la double batterie y fait beaucoup, et on se laisse vite emporter par ces sons électros poussés aux limites de la drum n’ bass qui alternent avec des passages très lourds et planants dont on sent les vibrations jusqu’au fond de la cage thoracique… Ne connaissant leur discographie, je ne saurais dire quels titres le groupe, originaire de Minneapolis lui aussi, a joué, mais je pense qu’il est de bon ton de vous conseiller de jeter une oreille sur leurs différents efforts, de Crazy Monster sorti en 2011 à Oh My Sexy Lord sorti l’an dernier (je vais en faire de même). Pour les deux derniers morceaux, c’est le bassiste de Poliça qui viendra assurer les « chœurs » de sa voix cristalline (on retrouvera d’ailleurs les deux batteurs sur scène pour tout le concert de Poliça). Il faut dire qu’à l’image de leur musique, Marijuana Deathsquads aiment l’originalité, voire la complexité, car les membres fluctuent au fil des dates, et les collaborations furent nombreuses : David Yow de The Jesus Lizard, Josh Klinghoffer des Red Hot Chili Peppers, ou encore Boom Bip, pour ne citer qu’eux. Bref, un groupe dont on se souviendra, et qui a l’air de prendre un pied énorme à jouer, autant que nous à les « étudier ». A (re)découvrir donc !

POLICA_2013_july_0032F

Mais place maintenant à Poliça. Le groupe rentre sur scène une petite demi heure plus tard, et c’est un public bien plus compact et souriant qui les accueille. Ils entament directement leur set avec « Spilling Lines » du dernier album, morceau à l’intro électro et lourde à souhait aux accents industriels (on retrouvera ce genre de sonorité sur « So Leave », toujours extrait de Shulamith), et la chanteuse, la belle et androgyne Channy Leaneagh virevolte déjà à travers la scène, telle une plume sous le vent… La setlist sera en majorité composée de morceaux du dernier album, mais Give You The Ghost n’est pas en reste avec notamment « Lay Your Crads Out » (envoutante), « I See My Mother » (poignante), « Amongster » (exaltante avec la double batterie qui prend ici tout son sens via une fin propre au live), « Wandering Star » et « Dark Star ». A l’exception de deux-trois morceaux, le dernier album sera quant à lui joué en intégralité, et il nous confortera dans l’idée que Poliça est un groupe qui joue sur plusieurs tableaux : que ce soit avec des morceaux comme « Very Cruel » dont les boucles dub nous amènent loin, « Tiff » qui laisse place aux sons électro façon années 80 (en featuring avec un des « bidouilleurs » de Marijuana Deathsquads d’ailleurs), « Vegas » qui sonne presque hip-hop dans sa version live, on voyage d’univers en univers, sans jamais se lasser. Ou presque. Car en effet, si le groupe nous balade, la formule s’étiole au fur et à mesure de la soirée : à la fin, ça en devient presque indigeste (il faut dire qu’avec une setlist de 17 morceaux, c’est un risque à prendre), et les dernières vingts minutes me paraissent un peu longues… Mais il faut avouer que le groupe fera un rappel original, pour qui connait l’album, car c’est le bassiste et la chanteuse qui revisitent « Leading To Death » dans le noir complet, seulement éclairés par deux spots, et c’est vrai que ça a quand même de l’impact. Par contre, je ne comprends toujours pas leur choix pour la fin de leur set : ils finiront par « You Don’t Own Me », reprise de Lesley Gore, chanteuse de doo-wop semi célèbre des années 60. Certes, l’idée est assez incongrue pour qu’on le note, mais la fin est tellement abrupte, et leur version tellement légère, qu’on n’a pas le temps d’être pris au jeu que c’est déjà la fin. Dommage… Du coup je repars de la salle mitigée, me confortant dans l’idée qu’il ne faut jamais se fier à la qualité d’un CD pour « juger » un groupe. Le live dit tout, et ce n’est pas toujours au bénéfice des musiciens…

Merci à Kevin pour l’accréditation.

Hellisha


Laisser un commentaire