Une fois de plus, me voici à l’Ancienne Belgique pour un lundi placé sous le signe de l’électro. En effet, la salle bruxelloise reçoit ce soir le nouveau phénomène de la scène, j’ai nommé Gramatik. Slovène basé à New-York, ce producteur aux multiples talents et au répertoire sans limite est venu défendre son nouvel album, The Age of Reason, sorti en janvier de cette année. Pour l’occasion, et j’entends par là pour toute la tournée (américaine comme européenne), il s’est accompagné de ses acolytes Gibbz et Russ Liquid. Après l’avoir vu dans plusieurs contextes (une église et un festival), il est temps de voir ce que ça donne sur une belle scène comme celle de l’AB. Debrief.

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Tout d’abord, pour des raisons professionnelles, j’ai malheureusement raté la quasi totalité de la prestation de Russ Liquid, qui semblait du meilleur goût. En effet, quand je débarque dans la salle, je vois un mec surexcité derrière ses machines et qui balance de la dubstep certes « new age » mais dont les basses provoquent une irrésistible envie de bouger. Alors certes il y a ces petites touches électro/fluo dont on se passerait bien, mais l’enthousiasme du jeune californien est telle que l’on ne peut s’empêcher d’apprécier le spectacle. D’ailleurs on lui pardonnera tout lors du dernier morceau, beaucoup plus orienté dub et donc plus proche des racines de ce mouvement qui a explosé ces dernières années. Il prendra pour l’occasion sa trompette et viendra devant le public pour en jouer. Pendant ce temps, Gibbz s’installe sur le Mac d’à côté, et Russ Liquid repart sous les applaudissements de la foule clairsemée.

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Du coup ça enchaîne directement, et ça refroidit, aussi. En tout cas pour ma part. Pour résumer, la musique que fait le producteur new-yorkais qu’est Gibbz représente tout ce que je n’aime pas dans la nouvelle scène électro, donc je ne vais pas m’étendre sur son set, que j’ai trouvé vide de tout… Il a en effet mixé pendant trois quart d’heure un son entre électro et disco/funk vu et revu avec la plupart du temps une voix féminine qui n’apporte rien. En gros, pour moi, c’était un peu comme du sous Daft Punk, version mauvaise période (l’actuelle donc, soyons clairs). Alors certes, il a balancé un remix de « Wanna Be Startin’ Somethin' » de Michael Jackson qui a été bien appréciable, et il a fini son set par un morceau assez lourd entre hip-hop et dubstep nouvelle génération, mais le tout ne fonctionne tout simplement pas, et cette ambiance d’apéritif cocktails sur pelouse me laisse de marbre. Je me réfugie donc dans les gradins et attend la suite…

Gramatik

Et elle arrive, une vingtaine de minutes plus tard. La salle s’est entre temps remplie (la date n’est pas sold out, mais on ne doit pas être très loin du compte), et je suis d’ailleurs étonnée par l’âge moyen du public : beaucoup d’adolescents, et il règne par conséquent une ambiance de boîte de nuit qui ne me rassure guère… Mais bon, j’essaie d’arrêter d’être aigrie cinq minutes, et me concentre sur ce pour quoi et qui je suis venue : Gramatik. D’ailleurs il arrive sur scène, et le public se déchaine, autant dire que ça s’annonce ambiancé, et dès le premier morceau, il n’y a plus de doute : tout le monde est conquis d’avance. Il est accompagné sur scène par Russ Liquid qui balance quelques sons mais qui est surtout là pour jouer tantôt de la trompette, du saxophone, ou même de la flûte traversière, et forcément, ça ajoute une dimension chaleureuse à l’ensemble. Son set sera placé sous le signe du funk en grande majorité et donc assez tranquille. En effet, les quarante premières minutes du concert sont principalement constituées de vieux morceaux extraits de ses mixtapes Street Bangerz ou Beatz & Pieces, avec notamment « I’m Doin’ My Thang » ou encore « The Drink is Called Rakija », véritable hymne balkanique qui finit en électro folle. De là, son mix se dirige vers des sons plus dansants, et on arrive petit à petit au fameux cocktail dubstep cher à Gramatik. Il faut lui reconnaître que s’il sait manier cette mouvance, il n’est jamais tombé dans la facilité de la dubstep nouvelle génération. Lui est clairement influencé par la culture hip-hop (il me semble reconnaître un remix du Wu Tang ainsi que de Jay-Z, morceau par lequel il clôturera d’ailleurs son set) et au lieu de partir dans un truc drum, il reste dans un esprit lourd sans pour autant être pesant. On aura aussi droit au morceau « Digital Liberation is Mad Freedom » qu’il a composé avec son comparse Griz sous le pseudo Grizmatik, véritable pépite dubstep qui finira de convaincre les réticents. Vers la fin du set, Gibbz reviendra sur scène pour chanter deux morceaux posés, dont « Get A Grib » extrait du dernier album, et là ça part en mode lover avec des vocalises pas vraiment intéressantes pour un son aux influences disco qui me laissent froide. Bref, je crois que j’ai vraiment un truc contre ce gars… Le ton sera alors donné pour la fin du concert qui sera assez tranquille, avec entre autres le morceau « Illusion Of Choice », paru sur #digitalfreedom et dont l’intro à la harpe envoûte la salle. Bref, un sans faute pour cette soirée. Mais malgré tout, je ne suis pas convaincue. Est-ce mes goûts qui ont changés ? Son style qui s’est « banalisé » au milieu de tant d’autres qui l’ont imités ? Je ne sais pas, mais il y a un truc qui ne colle pas, ou qui ne colle plus. Du coup, même si je n’ai rien à dire de vraiment négatif sur la performance du jeune homme, ce concert me passera au-dessus et je ressors de là légèrement indifférente… Dommage.

Merci tout de même à Kevin pour l’accréditation.

Hellisha


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