Nous sommes en pleine semaine, jour de boulot, veille d’un autre, et pourtant, il règne une ambiance de samedi soir sur l’Ancienne Belgique. En effet, la salle bruxelloise reçoit Gesaffelstein, producteur en plein essor depuis une petite année. Une petite année chargée de concerts et qui a vu la sortie de son premier album Aleph. Une petite année durant laquelle le DJ lyonnais est passé de petit protégé de Brodinsky à bidouilleur qui remplit les salles à travers le globe. Une success story comme la France n’en avait pas connu depuis le fameux boom de la « French touch ». Évidemment, Bruxelles ne fait pas exception, et ce n’est pas moins de 2000 personnes qui se retrouvent dans une salle pleine à craquer pour célébrer la messe (noire).

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Par contre, faute de temps, nous n’aurons pas l’occasion de voir la première partie, orchestrée par Léonie Pernet, jeune artiste parisienne autodidacte dont le talent n’est pas à remettre en question. Multi instrumentiste, elle vogue du piano à la batterie, le tout survolé par sa douce voix, et brode un doux univers entre mélancolie et rébellion. Alors certes, ça sonne bien sur le papier, mais on se demande quand même qu’est-ce qu’elle faisait là…?

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Du coup, à peine rentrée dans la salle comble, les lumières s’éteignent et Gesaffelstein prend place derrière ses machines. Cette fois, pas d’autel et son dais en marbre, mais une tribune plus sobre dans la forme, même si toute aussi religieuse et un peu clinquante (oui, elle est quand même dorée…). Je suis d’entrée de jeu un peu déçue car j’avais trouvé ce décor adapté à son univers : froid et mystique. Mais la nouvelle formule permet de mettre encore plus en avant les images hypnotisantes que diffuse l’écran qui orne l’arrière de la scène pendant tout le set, ainsi que les lights, magnifiques à souhait et travaillées au moindre détail. Là encore, c’est sobre, mais tellement efficace !

Enfin, revenons-en à la musique. Le set commence d’emblée par un des morceaux emblématiques de la discographie de l’artiste, soit « Opr », paru sur Conspiracy Part. 2 sorti en 2011, et on sent tout de suite une énergie électrisante parmi la foule. Entre violence et euphorie, tout le monde a le sourire et se laisse porter par la lourdeur des sons, yeux fermés et bras en l’air… Puis ce sera un gros enchaînement de morceaux plus sombres et plus épais les uns que les autres : « Viol », « Pursuit » et « Hate or Glory » (les deux singles de l’album), « Obsession » et les surprenantes « Hellifornia », « Out of Lines » et « Destinations », véritables petites perles aux influences trap music revues façon Gesaffelstein. Évidemment, une partie du set sera consacrée à son style fétiche : la techno, via des titres comme « Trans », « Duel » ou « Values », et on baigne dans une ambiance oubliée de clubs d’un ancien temps où électro ne rimait pas forcément avec « yolo » et « fluo »… On se laissera aussi bercer par les nappes faussement légères de l’album que sont « Nameless », « Wall of Memories » ou « Aleph », avec laquelle il entamera d’ailleurs son « rappel » (en effet, je ne sais pas si on peut considérer quitter sa tribune pour venir face au public, le saluer, et retourner derrière ses machines comme un véritable passage au dernier acte). Et si on fait souvent le lien entre sexe et musique, alors Gesaffelstein est le partenaire idéal : il ne cesse de nous surprendre et de varier le rythme, ce qui créé en nous une frustration mêlée d’un plaisir pour le coup décuplé. Je comprends alors son album qui parait au premier abord si décousu. Certes, on passe le concert à voguer d’une sombre violence à une douce apesanteur, mais contrairement à d’autres DJs ratés dont je tairais le nom, là où le lyonnais fait la différence, c’est qu’il ne nous fait pas voyager qu’à travers des montées interminables. Non. Le producteur, de son vrai nom Mike Lévy et dont le pseudonyme vient de la combinaison entre « Gesamtkunstwerk » (concept esthétique issu du romantisme allemand signifiant « œuvre d’art totale ») et Albert Einstein, ne nous ballade pas pour rien : il sait où il veut nous amener, et il ne perd jamais personne en route. Au contraire, on le suit aveuglément dans ces sentiers perdus, même quand il s’essaie à la jungle/drum avec laquelle il clôturera son set d’une heure et demie bien tassée. Et certes, nous n’aurons pas droit à un bonjour ni à un merci, et encore moins à un sourire, mais cette attitude reste à l’image de sa musique : froide, distante, intrigante. Bref, malgré un passage techno un peu longuet à mon goût (pas vraiment ma tasse de thé à la base), ce concert restera gravé dans la pierre (tombale) des soirées électro de l’Ancienne Belgique !

Merci donc à Live Nation ainsi qu’à toute l’équipe de l’AB pour l’organisation de cette soirée mémorable !

Hellisha

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