En ce jeudi soir plutôt banal, le Botanique, ou plus exactement la Rotonde, salle mythique du complexe bruxellois à l’acoustique impeccable, se met en mode hip-hop décalé. Mais pas décalé dans le sens fun, à l’instar d’une nouvelle scène qui a émergé dans les années 2000. Non, décalé dans le sens hip-hop moins revendicatif d’une société dans laquelle nous serions tous égaux. Un hip-hop aux allures presque intellectuelles. Un hip-hop où le MC devient prêcheur d’une parole qui n’est pas forcément la bonne, mais qui sonne juste car tout un chacun peut s’y reconnaître. En effet, il n’est pas question ici d’étaler son bling bling et de s’exhiber avec des nanas à demi-nues, mais plutôt d’exprimer un certain mal-être qui nous renvoie à nos quotidiens respectifs. Et pour illustrer cette tendance, on a droit à deux groupes dont les réputations ne sont plus à faire : Zucchini Drive et Dan le Sac VS Scroobius Pip.

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On arrive dans une Rotonde non loin d’être pleine, et le set des belges de Zucchini Drive est déjà bien entamé. Les courtraisiens, toujours aussi sympathiques mais imprévisibles trônent sur la scène derrière leurs machines et leurs pad et clament leur hip-hop atypique, entre poésie et gros délire. En effet, si les mélodies sont plutôt tranquilles, on voit bien que le groupe est là pour s’amuser et, s’il prend la chose au sérieux, ne se guinde pas : couper les morceaux avant la fin, lancer des sons au mauvais moment… De quoi établir une ambiance cosy et bon enfant en somme ! Niveau influences, on sent qu’elles sont diverses et variées, et ça va des sons kitchs des années 80 à la lourdeur du hip-hop façon 2010. Malgré tout, on n’est pas perdu, et on se laisse facilement emporter dans leur univers qui respire la joie de vivre. Ou pas. En fait, ce n’est qu’une fausse légèreté, à l’image du morceau « Jaguar Sky », un des deux singles issus de leur dernier album No Food but Lots of Weapons sorti en 2012. Si les mélodies nous font voler, on sent derrière une mélancolie dans les paroles, qui nous ramènent sur la terre ferme. Ils interprèteront également « Howler Than Thou », véritable bombe qui prend au cœur et au corps (ce morceau a d’ailleurs beaucoup contribué à leur succès ces deux dernières années). Ils finiront leur set sur un morceau dont le titre m’échappe mais dont les nappes électronisantes rappellent celles de groupes tels Slow Magic et autres bidouilleurs qui nous font planer sur une électro aux détails fous. Comme d’habitude, le groupe partira soudainement, sans même terminer leur morceau, et à défaut de nous irriter, ça nous donne envie d’y revenir, encore et encore…

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Mais une demie-heure plus tard, ce sont les anglais de Dan le Sac VS Scroobius Pip qui prennent le pouvoir de la scène, et c’est tout de suite un autre niveau. Ambiance lourde et noire à souhait, le duo commence leur set avec « Stunner » véritable bombe issue de leur dernier album Repent Replenish Repeat sorti en octobre dernier. Pourtant, Dan le Sac, MC aux talents multiples (production, guitare, chœurs, entre autres) est monté sur scène avec un bonnet d’ourson polaire qui lui donne un air adorable. Mais une fois derrière ces machines, c’est un autre homme qui s’éveille et qui balance des sons épais qui nous font vibrer la cage thoracique. A ses côtés, le chétif Scroobius Pip, véritable parolier dont on ne sait s’il plaisante ou s’il veut nous en coller une, nous balance ses lyrics acides en pleine face via un flow impressionnant. Et ce duo, aussi improbable qu’il puisse sembler être, s’accorde merveilleusement bien pour nous faire passer une soirée parfaite. Eux aussi ont l’air d’apprécier : contact facile avec le public et multiples blagues, plusieurs remerciements, émerveillement devant la beauté de la Rotonde, le chanteur qui vient dans le public dès le deuxième morceau… Un petit bonheur partagé en gros ! De plus, ils nous proposeront une setlist qui ravira les plus difficiles : de « Look for the Woman » en passant par « Sick Tonight » et « You Will See Me », toute la discographie du groupe est mise à l’honneur. Cette setlist montrera d’ailleurs l’étendue des influences du duo british : si certains morceaux tapent fort entre dubstep et jungle, d’autres sont beaucoup plus mélodiques et laissent entrevoir la part poétique de la formation. Le groupe finira son set par le single « Thou Shalt Always Kill », extrait du premier album Angles sorti en 2008 et qui a propulsé le duo au rang des respectés de la scène hip-hop alternative anglaise. Puis c’est l’heure du rappel avec « Introdiction », morceau issu de la discographie solo de Scroobius Pip, et « A Letter From God to Man » du premier album qui finira en gros mix barré électro/breakcore qui fera résonner les murs de la Rotonde et qui cassera les dernières nuques. Et alors que Scroobius Pip quitte la scène, Dan le Sac se fait plaisir et balance un remix fou de « Voodoo People » de Prodigy, pour finir dans le public tout sourire et en sueur. What else ?

En tout cas, ce concert aura convaincu les plus récalcitrants, et nous aura (ré)appris que comme le dit Scroobius Pip : « thou shalt remember that guns, bitches and bling were never part of the four elements and never will be ». A bon entendeur…

Merci à Pascale pour l’accréditation, ainsi qu’à toute l’équipe du Botanique pour l’organisation de cette soirée euphorisante !

Hellisha


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