Alors que la saison des concerts reprend doucement son rythme habituel dans la capitale belge, je me rends au Magasin 4 pour une soirée placée sous le signe du chaos, de l’apocalypse, du mal-être et de la souffrance. Bref, une soirée mêlant métal, post hardcore, et autres joyeusetés musicales …

Je constate dès mon entrée dans la salle qu’il n’y a pas foule. Vraiment pas. Je ne sais même pas si on est une trentaine. Et dans une salle qui doit contenir jusqu’à 600 personnes, ça fait vide. Très vide. Je me dis que l’ambiance ne sera donc pas parmi nous ce soir, mais je suis surtout triste pour les groupes, et surtout pour Cortez, dont c’était la première fois en Belgique. Mais bon, quitte à être là, autant apprécier le show, alors je fais abstraction de ce détail, et me jette dans l’arène.

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C’est Deuil qui ouvre les hostilités.  Jeune formation liégeoise, le groupe a commencé à faire des concerts il y a à peine deux mois, et déjà ils se retrouvent sur la scène du Magasin 4, en première partie de Cortez. Bien joué les gars ! Je remarque un ordi posé sur une chaise au niveau du micro, et celui-ci, avec l’aide du chanteur, tout de même …, va balancer des samples et autres morceaux atmosphériques pendant tout le set. Par exemple, l’intro est un savant mélange entre musique shamanique et chant indien, un truc un peu dark et mystique, qui rappelle certains morceaux de Fever Ray. Un détail comme on les aime en somme ! A part ça, le groupe est un trio chant, guitare, batterie, et si la voix donne une profondeur à l’ensemble grâce au chant hurlé de Renaud, c’est bien la musique qui fait tout, voire tout simplement la batterie. Tantôt très rapide, tantôt lente, elle ne cesse de nous surprendre et donner de la puissance à la musique. Elle contraste d’ailleurs souvent avec le chant, toujours très lourd et lent, avec juste des phrases jetées comme s’il fallait que ça sorte. Vite. De manière exutoire. Et puis il y a toujours ces samples qui, s’ils sont parfois à peine perceptibles, donnent un certain grain au reste. On se laisse donc vite emporter par cette musique entre métal et post hardcore qui, si elle n’a rien de très originale, nous prend rapidement aux tripes grâce à ses montées vertigineuses et ses mélodies puissantes qui finissent généralement dans un déferlement de sons menés par la rage. Mais au bout de quatre morceaux, c’est déjà la fin, et le groupe laisse place à These Mountains Are Ghosts.

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Là encore, jeune formation belge, vu que le groupe a à peine trois ans d’activité dans les dents, mais cette fois ils nous viennent tout droit de Flandre. Composé d’anciens membres d’Ender et de Koan, la musique de These Mountains Are Ghosts peut laisser perplexe. En effet, ici, c’est un mélange de beaucoup d’influences, et on ne sait pas toujours sur quel pied danser. C’était la troisième fois pour moi, et celle qui m’aura permis de « comprendre » enfin leur musique. Dès l’intro, le groupe balance du gros son, situé entre Mastodon et une scène hardcore bien lourde. On vacille tout le temps entre gros métal, accents de hard rock à l’ancienne, et mosh parts fracassantes. Il y a même dans certains morceaux un petit côté « musique sudiste à l’américaine », via des sons qui ne sont pas sans nous rappeler Kylesa, notamment via le morceau « The Blackest Curse », présent sur leur album Demon Horde. C’est (très) lent, c’est (très) lourd, et les guitares s’affolent. Un des deux guitaristes poussera même la chansonnette en voix claire, ce qui donnera un aspect plus mélodique à l’ensemble. Sur d’autres morceaux, c’est le second guitariste qui soutiendra le chanteur, via un chant hurlé fort appréciable. D’ailleurs on se délecte du jeu de scène du chanteur, personnage atypique et décalé, qui pourrait à s’y méprendre faire partie du club d’échecs du coin. Mais sur scène, c’est un tout autre personnage, à fond dans ce qu’il fait, voire possédé par sa musique : il ne cesse de se balancer d’avant en arrière, de taper la scène avec son pied, de s’étrangler avec son micro, et il fait des têtes improbables à faire pâlir Jim Carrey. Et alors qu’on se laisse de plus en plus emporter par leur musique, le groupe remercie chaleureusement le public, et sort de scène, un peu en mode « ni vu ni connu ».

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C’est donc le moment tant attendu de voir la prestation de Cortez. Groupe suisse qui a de la bouteille, ils n’étaient jamais passés par Bruxelles, ni même par la Belgique, alors les fans de la première heure sont plus qu’impatients. Et ils ne vont pas être déçus. En effet, le trio va nous asséner à coups de gros son chaotique pendant une heure. Dès le troisième morceau, ils nous balancent « Arrogants que nous sommes », extrait de leur dernière album Phoebus, véritable pépite de violence et de sensiblerie. J’en frissonne. Puis c’est le moment de jouer « El Vetic », présent sur leur premier album Initial, et là encore, on se laisse emporter par le rythme frénétique de la batterie et de la guitare, mais surtout par le chant de JR, remplit d’émotion viscérale. Ça prend aux tripes, et ça ne nous lâche pas. Surtout à la fin du morceau, où il répète en boucle « Mais reviens tel que t’es, mais reviens à jamais, mais reviens». A ce stade là, on ne parle même plus de frissons… Le tout ambiancé par de la fumée à souhait, et de lourds silences qui permettent de se remettre les idées en place après tant de violence crachée en plein nos visages. Le groupe finira son set par le morceau « Temps Mort » (lui aussi présent sur Phoebus) et remerciera chaudement le public. Comme quoi, pas besoin d’être des centaines pour toucher un groupe, seuls les bons suffisent. Le trio reviendra faire un rappel, et nous touchera une dernière fois, avec le morceau « Sulfure », et c’est déjà l’heure de reprendre nos esprits. Car si l’on pourrait peut-être reprocher à leur set d’être un poil trop linéaire, le cœur y est, et rien que pour ça, on applaudit leur prestation, et on n’attend qu’une chose : qu’ils reviennent !

Merci à Ben pour l’accréditation, ainsi qu’à toute l’équipe du Magasin 4 pour l’organisation de cette soirée ! Et merci à Fred de Shoot Me Again pour sa photo de Deuil.

Hellisha

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