Un lendemain de soirée difficile nous pousse à aller voir Apparat au Cirque Royal (sorte de salle pour tous types de spectacles, accueillant autant le festival des Nuits Botanique que Jean-Marie Bigard. C’est dire la diversité « d’artistes » qui s’y produisent…). Soirée purement électro-acoustique pour une petite séance de musique étrange. Fatigués, nous prenons place sur strapontin.

Aufgang

Début du concert en compagnie d‘Aufgang. Avec deux pianos face à face, dos au public et une batterie au milieu, le groupe rentre sur scène avec son look de jeunes diplômés du conservatoire. Ça commence sur les chapeaux de roue grâce à une prestation technique impressionnante de la part des deux pianistes qui se questionnent, se répondent et se querellent par l’intermédiaire de leurs instruments. Quel plaisir de voir ces deux là se chamailler musicalement… tout simplement. Le batteur n’est pas en reste, lui qui atomise ses futs à chaque frappe. Tempo électronique oblige, celui-ci se bat bec et ongles pour amener le rythme nécessaire à la frénésie des deux pianos. C’est un peu barré à certains moments, mais l’on s’y retrouve à chaque fois et les montées en puissances électroniques font leur effet dès qu’elle atteignent leur apogée. Grandiose !

Suuns

Second groupe à passer ce soir là: Suuns. Sorte d’électro/rock un peu distordue, la formation ne va jouer qu’une petite demi-heure, sans jamais vraiment réveiller ni transcender la salle. Un peu fade pour le coup. On sent pourtant qu’il ne manque pas grand chose pour que le groupe nous fasse un peu voyager (plus de temps peut-être ?!). Ce n’était pas loin… Une autre fois ? Nous les reverrons à Dour en ambiance de festival, on vous dira quoi.

Apparat

Toujours bien assis au fond de mon fauteuil, Apparat et ses acolytes du dernier album, Krieg Und Frieden (soit « musique pour théâtre »), prennent place sur une scène bordélique, pleine de câbles, de machines et d’instruments. Bref, un beau bordel de musiciens en studio. A la droite de la scène, deux hommes s’affairent autour d’une curieuse machine : ils vont faire des visuels en live pendant tout le concert. Pour faire simple, ils ont une sorte de rétroprojecteur (bien meilleur que celui de Mme Burengé en 5èmeB) dans lequel ils passent des filtres et autres produits de la nature pour un effet spectaculaire sur le concert. Une grande réussite ! Voilà pour la partie visuelle.

Je m’attaque maintenant à la partie sonore. Pour ceux qui n’ont pas écoutés le dernier opus d’Apparat, je vous conseille, même par curiosité, de jeter une oreille dessus : c’est un album bien étrange, à la fois très mélodique et pop, mais sombrant souvent dans une électronique noire et déprimante. Apparat est, pour ma part, arrivé à réconcilier ses anciens fans électro avec son style pop actuel.

Mais revenons au concert. Celui-ci commence sur la musique « 44 », premier morceau de l’album. Une longue déprime d’un violon qui nous fait sentir l’ambiance malsaine d’un marin désabusé à Amsterdam il y a fort longtemps. La pièce de théâtre se met en place dans nos oreilles. C’est triste mais cela nous mène là où Apparat le veut : dans sa pièce à lui, son univers. Et pour cela, il va passer par des stades de violences et de forces imparables : « 44 (Noise Version) », deuxième musique et rentrée en puissance de l’électro. Quelque chose est en train de se passer dans nos corps, la musique nous oppresse, le cœur se contracte et on sent dans la salle que personne n’est vraiment à l’aise. Une drôle de situation. Apparat est en train de nous absorber, lui seul le sait. Le concert continue et les morceaux s’enchainent. J’ai toujours du mal à sortir de cette ambiance oppressante, mais petit à petit je reprends du poil de la bête, je commence à comprendre ce qu’il m’arrive : c’est une pièce de théâtre sonore et il faut que je rentre dans l’histoire. L’ambiance de la salle commence à se réveiller et progressivement, tout le monde rentre dans cette histoire. Malheureusement, après le temps d’appréhender cette œuvre vient le temps de « Violent Sky », dernière chanson de l’album qui marque pour le coup un renouveau et nous fait sortir de cette séance d’hypnose parfaitement maitrisée par Apparat. Ce petit malin a réussi un coup de maître : un concert d’une rare violence pour cette oppression permanente, mais un voyage musical comme je n’en ai jamais vécu. Et d’ailleurs, je n’ai jamais vu un public si assommé et mettre presque 20 minutes pour s’en remettre. C’est dire !

Si le bonhomme passe pas loin de chez vous et que votre temps se libère, alors n’hésitez pas aller vivre cela.

Par Popol

Apparat – « Violent Sky » :

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