Haute comme trois pommes, soixante-seize printemps et un bras en écharpe : la Reine du calypso était d’attaque mercredi dernier au Bikini.

Le calypso c’est quoi ? C’est un bateau du Vendée Globe ? Un vaisseau spatial ?

Pas du tout. Le calypso c’est le nom de la musique de carnaval à Trinité-et-Tobago. Elle fut inventée par les esclaves pendant la traite négrière. La soca est un dérivé (plus ou moins) actuel et accéléré du calypso, souvenez vous du tube de l’été 2003, Sweet Soca Music‘ de Sugar Daddy.

Trinité-et-Tobago ? Oui.

C’est loin de Wallis-et-Futuna ? Oui.

Trinité-et-Tobago baigne à la pointe méridionale du vaste archipel des Antilles, dans la mer des caraïbes.

C’est la mère patrie de la Reine (du calypso), née Linda McArtha Monica Sandy-Lewis. C’est aussi le pays d’Ato Boldon, lauréat du bronze sur 100m à Atlanta, derrière Donovan Bailey et Frankie Fredericks, décoré d’argent quatre ans plus tard à Sydney derrière Maurice Green (cf. photo ci-contre).

Ato Boldon

Ato Boldon – Star de la Trinité

Alors qu’Ato Boldon n’était même pas conçu mais rêvait déjà de gloire, la jeune Linda se battait envers et contre tout pour chanter le calypso, participer au carnaval et faire la fête. Ce ne fut pas chose aisée car les femmes n’avaient pas le droit de pratiquer le calypso, simple mesure sexiste convenant à la société de l’époque. Mais la petite Linda comptait bien s’amuser et vivre du calypso. Elle était plutôt douée mais ne fut couronnée Reine qu’après août 1962, date de l‘indépendance de Trinité-et-Tobago vis-à-vis du colon britannique.

En effet vous avez bien lu, il existe un concours très officiel du ‘Roi du calypso‘ (Calypso King) à Trinidad, interdit aux femmes jusqu’à la naissance de la République de Trinité-et-Tobago. Le vainqueur est désormais appelé ‘Monarque du Calypso‘ (Calypso Monarch).

Calypso Rose a côtoyé les plus grands sur scène, Bob Marley, Michael Jackson, Myriam Makeba et Manu Chao à la production de son vingtième album, ‘Far from home‘, comprenant les tubes de l’été 2016 ‘Calypso Queen‘ et ‘Abatina‘.

On Stage !

C’est donc sur la scène du Bikini que nous retrouvons Calypso Rose et ses enfants, comme elle aime a appeler ses musiciens. Elle est rayonnante. Elle chante son île comme personne. Elle, qui vît le jour en avril 1940, nous propose une musique festive et entrainante, n’hésitant pas à converser et à ne faire qu’un avec le public. La Monarque du calypso, se veut accessible. Son air espiègle conquit toute la salle, les midinettes et les damoiseaux sont en émois face à cette véritable légende. Les aînés se régalent, festin de bonne humeur, les pavillons sont en alerte, les mains se touchent, les minerves sautent.

Calyspo Rose

Soir de carnaval au Bikini

Partie en croisade dès son plus jeune âge, contre le gré de ses parents catholiques intégristes, contre la traite des êtres humains et la condition féminine, elle rend hommage aux domestiques de son époque, surexploités alors que l’esclavage avait été aboli depuis belle lurette avec le titre ‘No Madam‘. La madame en question étant la patronne propriétaire d’exploitation, payant 20$ par mois ses employés de maison. Statut qu’elle a connu avant de faire ses armes et de percer dans le calypso.

Working for the Yankee dollar.

Elle enchaîne avec un titre populaire de calypso, ‘Rum and Coca-Cola‘ composé par Lord Invader et Lionel Belasco avant que les droits ne soient achetés par les États-Unis. Le morceau devient un grand succès grâce aux Andrews Sisters et demeure dix semaines au sommet du Billboard charts en 1945. Calypso Rose avait 5 ans. En 2008, la Reine le réinterprêta sur son album éponyme.

Une petite pause pour remettre l’écharpe en place autour du bras meurtri par une malheureuse chute (les vieilles dames, ça tombe), et la soirée repart de plus belles. Ce qui est fascinant chez Calypso Rose c’est qu’elle est universelle, elle fédère. Dans la salle, nous avons un panel assez large et représentatif du peuple toulousain. Un échantillon de population idéal pour effectuer un sondage Ispsos par exemple (heureusement ils n’étaient pas là). C’est aussi la magie des soirées du mercredi, où le risque de débordements reste très faible et l’ambiance est bon enfant.

Une heure après son arrivée, Calypso Rose nous dit au revoir avec un gros blues, le calyspo blues, mais a en croire son élan vital, on a pas fini de la voir se trémousser sur scène. D’ailleurs, Fanny, qui partage ma vie et avec qui je suis allé au concert mercredi dernier (car le rédacteur à ITMM est une espèce en voie de disparition), m’a glissé dans l’oreillette que ses parents l’avaient vu en concert samedi dernier. Comment cela ? Oui chez Patrick Sébastien dans le téléviseur ! C’était forcement moins bien qu’au Bikini. Jah Rastafari.

Texte & Dessins by Oob

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