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Se rendre à un concert de Busdriver en 2015 provoque chez moi les mêmes remous que ceux provoqués par Blur en 2013. Une madeleine dont on voudrait se gaver jusqu’à ce qu’indigestion s’ensuive. Une sensation de devoir rattraper tout ce temps passé l’un sans l’autre…

C’est au lycée que j’ai entendu et aimé le rappeur angelino pour la première fois (TTC, edIT, Unemployed Black Astronaut…). La différence entre Busdriver et Blur (hors musique s’entend) c’est que les anglais avaient eu la décence de ne rien proposer de nouveau depuis notre dernière rencontre ; alors que le Mc/Dj/producteur n’a jamais cessé d’être actif. Et je ne lui en tiens pas rigueur. Lorsqu’il a été programmé à Toulouse, j’ai fait tout ce que je pouvais pour être certain de le voir et ai, en amont et bien évidemment, écouté ce qu’il faisait de « nouveau » . Quel con…(là je parle de moi, encore) Pourquoi ai-je arrêté de suivre son actu, ses directions artistiques récentes ? Aucune idée mais j’ai l’impression d’avoir perdu pas mal de temps. Ne nous méprenons pas, il a été de ceux qui, au début des années 2000, assumaient à fond de foutre de l’electro bien grasse sur un flow totalement taré. Grime, Glitch hop…appelez ça comme vous voulez, ce qui est certain c’est qu’il n’a jamais hésité à tout mélanger, avec une maestria qui n’est, encore aujourd’hui, que rarement égalée.

De plus son style s’est bien évidemment affiné, développé et semble moins « brouillon », moins dans la « performance à tout prix ». Que la fusion de l’electro et du hip-hop se soit démocratisée a dû lui laisser les mains encore plus libres qu’elles n’étaient déjà, lui ouvrir de nouveaux horizons. Pour faire court : je suis pas mal excité par le fait d’assister à sa performance. Du coup et une fois n’est pas coutume, j’essaie d’être à l’heure pour le début du concert. Et je ne rate (a priori) qu’une ou deux chansons. C’est visiblement ce que je peux faire de mieux en terme de ponctualité.

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La salle n’est pas totalement bondée mais c’est déjà pas mal dans la mesure où il est 20h50 (ce qui, un jeudi, me parait vachement tôt). Ceux qui sont présents savent pourquoi ils sont là et apprécient le spectacle. Je rentre direct dans le bain. Busdriver est aux platines (Mpc quoi mais c’est pour la tournure de phrase), travaille ses instrus en direct, envoie du gros son, des nappes deep house et techno auxquelles il ajoute son flow limite épileptique. Tout ce que j’espérais. Après avoir entendu deux morceaux je me dis qu’à ce rythme il ne tiendra jamais plus d’une demi-heure. J’ai tort. Sa prestation dépasse ce que j’avais imaginé. Et mon imagination n’a que peu de limites. Son show ressemble à un live dj set qui aurait fauté avec un Rap Contenders schizo. Des gros mots pour certains ( j’imagine) mais un putain de pied pour moi. Rare de voir un mec se donner autant, donner l’impression d’aimer son art et transmettre tout ça au public. Dans un beau paquet cadeau. Et, un bonheur n’arrivant jamais seul, il se met à jouer Me Time et Imaginary Places. Toujours son flow de malade mais avec des samples de musique classique ( j’ai un peu honte mais je ne saurais dire desquels il s’agissait. Des « classiques du classique » en tout cas). Me Time et Imaginary Places sont des morceaux qui font sans doute mal à certains tristes sires à l’esprit étriqué mais pour peu que l’on ait rien contre le métissage et la réappropriation de certaines choses on peut vite tomber amoureux de ces sons pour le moins ambitieux.

On repart assez vite (le mec ne prend pas vraiment de pause, il boit 2-3 gorgées d’eau en préparant ses instrus, grand max…) avec d’autres titres, toujours géniaux, toujours parfaitement exécutés. Eat Rich est bien lourde, dans le bon sens du terme. Le phrasé se fait limite plus « chanté » et on s’aperçoit à cette occasion que le mec est à peine fatigué. Félicitations à lui et tant mieux. On enchaine avec des morceaux dont le nom m’échappe, puis Barbs Over Breakfast Scones. Le son est fat, l’intro encore plus et les breaks, voulus, effectués vocalement, finissent d’achever la foule. On a affaire à un génie dans son domaine. Ses temps de respiration sont indicibles, ce qui ne gâche rien.
Et là, un truc génial. Inattendu mais attendu (par moi) à la fois. Le mec envoie à la foule un « Ok, now I’m going old-school. You may not know that one » (ou un truc du genre, j’ai pas noté la phrase dans la seconde). J’espère, je fantasme et là l’instru part. Unemployed Black Astronaut…putain ! J’écoutais ça en terminale avec mon mp3 128mb. Ce flow, ce son…merde, j’ai 18 ans. J’ai envie de saisir mon Sagem à clapet et d’appeler mes potes de l’époque. Leur dire d’arrêter de tirer des douilles et de rappliquer en scooter. Mais j’ai quelques années de plus et un smartphone. Du coup je vais commander à boire. Ben ouais, l’avantage de vieillir c’est qu’on a droit au découvert.

J’applaudis Busdriver pendant quelques années (à vue de nez) et vois de plus en plus de monde rentrer dans la salle. Dj Vadim va sans doute jouer dans une salle comble. Les gens sont venus pour lui ce soir. Je ne les blâme pas mais ils ont raté un putain de show. Tant pis pour eux.

Vadim je l’ai connu en même temps que Busdriver en fait (soirée vintage pour moi). J’écoutais ses mixtapes. C’était assez original, novateur…C’était…Le mec a l’air sympa mais bon…un peu du « branlage ». Un dj set avec du Fugees, Snoop, Dre…des trucs cools ( et de la cumbia…) mais une playlist 90-2000 sans trop de relief où les transitions ne sont pas particulièrement mises en valeur. Le public totalement à fond me laisse perplexe. Sans doute ont-ils eu davantage de temps et allongé les apéros…difficile d’interpréter autrement leur enthousiasme pour une simple succession de sons à peine retravaillés.

Je ne peux, après cette performance, en aucun cas juger des qualités artistiques de Vadim dans la mesure où il n’a pas vraiment essayé de les montrer. Dommage. Pour moi en tout cas. Le reste du public semble relativement trop content.

Mais je m’en fous. J’ai vu Busdriver. En 2015.

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