11131829_10206633759909234_960609454_n

Alors que les beaux jours, propices à la très prisée discipline de l’apéro, semblent faire leur retour, les athlètes de la biture qu’abrite la ville rose ont du souci à se faire. En effet, le vivre-ensemble nocturne fait plus que jamais débat et d’un côté comme de l’autre les positions se radicalisent. Dernier fait en date : la création d’une carte de « lieux de tension » par l’association Bien Vivre à Toulouse centre, co-créée et vice-présidée par Noël Raimon.

A l’instar des pertinentes « no-go zones » de Fox News, ces « lieux de tension » (que je continuerai d’écrire entre guillemets, comme une preuve supplémentaire de leur absurdité) prétendent délimiter les périmètres dans lesquels les pas-du-tout-réacs membres de « Bien vivre à Toulouse centre » jugent qu’il y a excès de beuverie. Le site commence par citer la place de la Trinité, lieu de résidence de M. Raimon et également du responsable de 11131917_10206633759669228_1187088907_nl’association, M. Couvert. Comment ignorer ce haut lieu de « nuisances sonores sensibles, attroupements nocturnes, nuisances olfactives, rumeur constante, urinoir à ciel ouvert » (je vous fais grâce du « étendue des terrasses » qui non content de n’avoir aucune signification devient, si l’on inverse les mots un argument peu recevable). Alors dans la réalité des faits nous avons L’Echanson qui est à l’extrémité de la place en face de la fontaine style art nouveau. Si hypothétiquement il y a du bruit il se peut que ce soit des clients de ce bar qui est celui qui reste ouvert le plus tard (n’excédant que rarement voire jamais les 2h du matin). À sa gauche on trouve le restaurant Les tables de la fontaine qui, outre le jeu de mot plus ou moins bien senti fait plutôt l’objet de critiques pour sa cuisine que pour des débordements nocturnes. Enfin un autre bar termine cette locomotive de restauration: le Trinity’s, ici encore peu de chance d’un éventuel débordement puisqu’il s’agit encore d’une brasserie populaire qui ne propose pas d’activités propices à la débandade nocturne.

 

Le site continue de lister des lieux tels que la rue Saint-Rome, la rue des Fillatiers ou encore la place de la Daurade avec des qualificatifs tout aussi évocateurs qu’éloignés de la réalité. La volonté de l’association est d’améliorer le vivre ensemble nocturne, fonction à laquelle est assigné le maire de la nuit Christophe Vidal depuis 2013. L’élu a été interrogé par la dépêche à propos de l’initiative de « Bien vivre à Toulouse centre », il insiste sur le fait de ne pas « stigmatiser une minorité de bars qui ne respectent pas les normes en vigueur », il parle également d’une problématique qu’on retrouve « dans toutes les grandes villes ». Le maire de la nuit rappelle également la mise en place d’une charte de la vie signée par la municipalité, les riverains et les patrons, outil qui rappelle les règles élémentaires de savoir vivre ensemble. Evidemment si ces messieurs de « Bien vivre à Toulouse centre » étaient venus d’eux même au sein de certains bars qu’ils mettent au premier plan de leur action, ils se seraient rendus compte que la plupart sensibilisent leurs clients au respect du voisinage et font leur possible pour que la clientèle se tienne correctement à l’extérieur (spéciale dédicace aux vigiles du café pop et leurs infatigables « chuuuuuut ! »).

Il faut également rappeler qu’au delà d’être la quatrième ville de France en termes de démographie, Toulouse est aussi la première ville étudiante 2014 selon un classement établi par les internautes de l’Etudiant . Et qui dit étudiants dit soirées étudiantes, et qui dit soirées étudiantes sous-entend beuveries éventuelles. Evidemment la plupart des étudiants sont conscients de la notion de vivre ensemble et de ce fait les gros événements sont généralement organisés dans des lieux privatisés ou éloignés du centre afin de gêner le moins possible la tranquillité des riverains. En témoignent le festival ICAM réputé pour son caractère orgiaque, ou encore les soirées classes prépas qui se déroulent dans des bars ou boites privatisées pour l’occasion. Bien entendu, il n’y a pas que ces soirées qui composent la trépidante vie étudiante toulousaine et il n’est pas rare de voir déambuler des groupes qui feraient fuir les éthylotests, mais affirmer que les débordements liés à la consommation d’alcool sont légions c’est faire l’amalgame entre jeunesse quelque peu débridée et mentalité de bourrins casseurs et tapageurs. Car ces débordements cités par l’association existent, on ne va pas se le cacher, mais ils font plus figure d’exception que d’habitudes dans la ville rose.

Concernant les dégradations matérielles (pipis croisés, mais également florilège de vomis sur la voie publique et épreuve officielle du lâchage de bière en plein milieu de la rue), l’une des responsables du Connexion Café explique à La Dépêche: « En fin de soirée, certes les trottoirs sont aussi sales que l’est la réputation de cette rue » et on ne va pas la contredire, par contre il serait très intéressant d’envoyer nos chers détracteurs en immersion dans des villes bien plus sales que Toulouse afin d’observer leur réaction. On peut également faire l’observation suivante: les membres de l’association prônent une fermeture moins tardive des bars et dénoncent un trop-plein de bruit et de débauche, on peut donc supposer qu’ils ne sont pas dans la rue, une bière à la main en train de se joindre à ce joyeux bordel alcoolisé mais plutôt chez eux à essayer de dormir n’est ce pas ? Dans ce cas quel intérêt portent-ils à l’état des rues au moment où ils ne les empruntent pas ? Puisque nous sommes d’accord pour dire que le service des techniciens de surface se fait à une heure où rares sont les travailleurs déjà debouts prêts à attaquer leur journée. A moins que les adhérents à « Bien vivre à Toulouse centre » n’aient rien de mieux à faire que de se lever et sortir constater les dégâts éphémères puis retourner se coucher.

11091359_10206633759989236_2034834933_n

Revenons un instant sur ces fameux « lieux de tension ». Mis à part le quartier des Carmes dans lequel on peut citer le Moloko, le Borriquito Loco ou encore le Nasdrovia comme acteurs du prétendu « braillage urbain » dénoncé par M. Raimon, toutes ces zones sont paradoxalement relativement peu fréquentées des étudiants et deux haut-lieux de la nuit toulousaine sont oubliés: la place Saint-Pierre et le quartier Gabriel Péri (même si ce dernier a fait  plus récemment l’objet de réprimandes de la part d’encore et toujours M. Raimon). On est donc en droit de se demander si cette carte est réellement bien objective ou si elle ne prend tout simplement pas en compte les lieux d’activité nocturne mais plutôt les lieux à proximité des résidences des adhérents qui, sous couvert d’anonymat (car c’est ce qui est spécifié à plusieurs reprise sur le site sur la page de contribution à la carte, faudrait tout de même pas voir son nom apparaître et risquer des représailles de la part de ces sauvages) font profiter le site de l’association de leur contribution à la carte des lieux de tension. Hé oui Messieurs Dames, ce n’est pas parce que vous n’habitez pas là-bas qu’il n’y a pas de bruit, et si vous habitiez là-bas vous vous rendriez compte que votre quartier n’est pas si bruyant que ce que vous voulez bien nous faire croire.

Le plus regrettable, c’est que cette association, de par son discours véhément et réactionnaire, récolte plus de crédit que « Toulouse Nocturne » (association du maire de la nuit) qui propose une entame de dialogue plutôt qu’une répression à tout prix. Dans les propos de ce qui semble être – plus que le vice-président – le porte parole de « Bien vivre ensemble à Toulouse centre » on a plus tendance à imaginer « bien vivre entre nous, les réacs qui ne font pas de bruit » que « bien vivre ensemble, toutes générations confondues ». Ne laissons donc pas notre vie nocturne être régie par des personnes qui ne la vivent pas. C’était « les urinoirs à ciel ouvert », c’était la débâcle juvénile alcoolisée, c’était l’extrême droite de la nuit: c’était « Bien vivre à Toulouse centre »

 

Note de la rédaction : Nous avons tenté de contacter l’association Bien vivre à Toulouse Centre mais cette dernière n’a pas souhaité donner suite.

 

 

 

Par Léo

 

 

A propos de l'auteur

IntheMorningMag, le webzine sur l'actualité culturelle on the rock !

Articles similaires


Laisser un commentaire