La sortie d’un nouveau Blacksad c’est un événement… Avoir Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido réunis à Paris c’est une chance. A cette occasion, Dargaud avait mis les petits plats dans les grands : petit dej’ gargantuesque, salle de réunion confortable et tout ce que la blogosphère compte de geeks de BD.

Une invitation comme ça, ça ne se refuse pas …

Juan Diaz Canales Photo © Cécile Gabriel Juanjo Guarnido Photo © Rita Scaglia

Juan Diaz Canales Photo © Cécile Gabriel
Juanjo Guarnido Photo © Rita Scaglia

Pour ceux qui auraient besoin d’une séance de rattrapage, Blacksad c’est quatre albums géniaux dans lesquels les personnages sont incarnés par des animaux. C’est du polar sombre. C’est un chat de gouttière détective… Mais c’est loin d’être de la BD pour marmots !

Vous nous proposez là un album assez différents des précédents, on passe de l’urbain au road-movie, de l’ambiance sombre à la lumière de la Louisiane … Une volonté de changement ?

On s’est fait plaisir à écrire et à imaginer cet album dans un décor de Louisiane. La palette s’est étalée vers un jaune très lumineux. C’est un parti pris thématique, je ne dirais pas que c’est accidentel, mais c’est sans conséquence. On sait que dans les prochains tomes on reviendra à du polar plus classique. Une ambiance plus urbaine, plus noire, plus glauque… Tout ce qu’on aime ! Un peu comme la palette de couleurs de notre premier tomeTrain

Comme toujours, Blacksad c’est un dessin, un polar, mais c’est aussi de multiples références musicales et cinématographiques, de quoi est-ce que vous vous êtes inspirés cette fois-ci ?

On fait souvent appel à la culture collective pour construire nos albums. Ici ce sont surtout ces références littéraires. On a été chercher Kerouac, Neal Cassady, Allen Ginsberg, on est beaucoup restés dans cette « beat generation« . Les noms de nos personnages sont souvent des références cachées. Par exemple, notre personnage de Chad Lowell, en réalité le nom de Lowell vient de la ville dans laquelle Kerouac est né. Comme la temporalité de Blacksad c’est les années 1950, ça collait parfaitement. On ne fait pas de jugement sur cette période, mais on reprend dans cet album les habitudes et les comportements de certains écrivains qui abusaient de l’alcool, qui ont essayé plein de drogues pour pousser plus loin leurs limites créatrices. Ils avaient une quête spirituelle et littéraire qui les a souvent poussé à faire pas mal de conneries. Burroughs notamment était un fanatique des armes et il a tué accidentellement sa femme en voulant reproduire l’exploit de Guillaume Tell. On reprend cette scène dans le livre.

Alors, peut-on être heureux en tant qu’artiste ?

Je connais des artistes qui travaillent et qui exploitent leurs possibilités d’une façon extraordinaire, mais en utilisant des « substances ». J’ai un pote qui dessine sous hash, mais qui m’a dit « surtout, surtout, ne tombe pas la-dedans ». C’est comme ma technique de gouache, je ne la conseille à personne ! C’est un casse-tête sans fin.

Un album de Blacksad c’est toujours une belle galerie de portraits. Est-ce qu’il y a des personnages que vous avez préféré imaginer, dessiner ?

Le plus beau défi c’était le personnage de Niel. C’était vraiment difficile de rendre une hyène avocat, sympathique. Graphiquement il fallait le rendre élégant mais singulier. C’est une sorte de Barney Stinson ! Un dragueur invétéré. Le flamant rose aussi, il fallait rendre agressif, dangereux ce n’était pas une mince affaire. Enfin, le personnage du directeur du cirque, le clown koala aussi était intéressant à construire.seq_tel

C’est le méchant de l’histoire, mais c’est un koala … On aime bien utiliser les animaux à contre-emploi. Pour le construire on s’est inspirés d’Emmet Kelly un artiste qui a vraiment inventé le personnage du clown triste C’était un génie absolu ! Il a renouvelé le concept du clown, avec ce clown clochard, Il a vraiment osé des choses très originales sur le maquillage.

Clown2Dans cet album John Blacksad est un peu en retrait, par rapport à tous ces autres personnages, c’est un souhait de votre part ?

Oui, dans cet album c’est lui qui est à la poursuite, il a donc un temps de retard. C’est un double road-movie avec deux voyages qui s’entrecroisent car on veut veut éviter de se répéter. Si on avait continué sur le même style du Blacksad qui enquête dans la grande ville, on pense que le lecteur se serait ennuyé.

Vous prenez beaucoup de plaisir à dessiner des animaux « à contre-emploi », comme cette meute de moutons qui sont en réalité des Hell’s Angels. !

C’est assez difficile à rendre graphiquement, mais on voulait faire un clin d’œil à un autre album de Balcksad dans lequel c’est une meute de loups qui assaille un mouton. Là c’est une meute de moutons qui ne se laisse pas faire ! Ce qui est bien avec les moutons, c’est le côté longs museaux qui leur donne un air assez patibulaire facilement.

Moutons_hellsAngels_2

On entend régulièrement parler d’une éventuelle adaptation de vos albums au cinéma, en dessin animé, ça en est où ?

Nous on l’a conçu comme une œuvre de BD. Si ça devient un film, tant mieux, pour nous ça fait une belle rentrée d’argent. Le cinéma c’est une autre échelle de capitaux. Mais dans l’absolu ça ne m’intéresse pas de faire un dessin animé de Blacksad. On l’a conçu et pensé comme une BD, si on fait du dessin animé ce sera autre chose, une autre histoire.

On a tout les deux travaillé dans le monde de l’animation, mais je crois que la BD nous permet de faire des projets plus personnels, des choses qui nous tiennent plus à cœur. On est tout deux maîtres à bord, même si l’éditeur vient parfois nous le dire quand on fait trop de bêtises.

Sur toute la série, est-ce qu’il ya un album que vous préférez tout particulièrement ?

Je crois qu’un auteur préfère souvent le petit dernier… Quand un album vient de sortir, on a encore tout le travail dans la tête. Donc évidemment, en ce moment notre préféré c’est le Amarillo.

Propos recueillis par Anto Tenac.


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