The Place Beyond The Pines

Ryan Gosling

J’avais vu son précédent film à Cannes, Blue Valentine, film explorant l’histoire tumultueuse d’un couple marié. A la sortie de la salle, je suis restée scotchée par tant de justesse, que ce soit de la part des acteurs ou du réalisateur. Une maîtrise peu scolaire qui vous balance juste devant le fait accompli : le temps qui passe et l’amour qui devient fade à force de passion. Deux ans après, Derek Cianfrance remet le couvert avec un motard charismatique/malade de solitude (Ryan Gosling) et un flic banal trop lisse rongé par l’échec (Bradley Cooper).

The Place Beyond The Pines n’est ni un Drive à moto, ni un film d’hipster. Il serait mal venu de comparer le travail de Derek Cianfrance à celui de Nicolas Winding Refn. Premièrement parce qu’ils n’opèrent pas dans le même genre et deuxièmement parce que leurs talents s’expriment différemment. L’unique point commun qu’on pourrait certainement leur attribuer est Ryan Gosling, qui a d’ailleurs décidé de mettre de côté sa carrière d’acteur pendant quelques temps. Pour ce qui est de l’étiquette hipster, nous en sommes un peu loin. Avoir une coupe blonde décolorée, mettre son tee-shirt à l’envers ou porter un jean délavé tâché de peinture blanche ne fait pas de notre héros de quarante-cinq minutes un hipster chevauchant allègrement sa moto. Certes les trois flèches collées au générique du début et de la fin sont de mauvais goût mais ça ne fait pas de ce long-métrage un film superficiel.

Juste un film maladroit qui se découpe en trois actes : le premier sur un papa cascadeur qui braque des banques (Ryan Gosling), la seconde sur un papa flic qui passe du statut de zéro à celui de héros (Bradley Cooper) et la troisième sur leurs fils (Dan DeHaan/Emory Cohen) qui partagent un lourd passé familial ainsi qu’un intérêt commun pour la drogue. Trois actes qui s’écoulent sur plus de vingt ans et qui ne font pas prendre une ride à nos personnages. Parce que The Place Beyond The Pines c’est un peu ça : on vous donne énormément pendant la première heure et on vous reprend tout pendant la seconde. Pire que frustrant. L’oeil à la fois doux et impulsif de Derek Cianfrance est toujours là mais le scénario peine et s’effondre petit à petit durant le film. Les relations père/fils deviennent peu crédibles et sont bombardées de faux sentiments ne visant qu’à compléter un récit quelque peu vide et flottant. La vengeance c’est bien mais à utiliser avec modération. Beaucoup de mauvaises impressions qui me laissent perplexe et peu rêveuse. Pourtant les beaux plans sont là. Je pense notamment à ceux qui mettent en scène les fuites à moto sur ces longues routes interminables ou encore celui où Ryan Gosling assiste au baptême de son fils sur le magnifique morceau de Gregorio Allegri : Miserere Mei.

Mais il faut croire que ça ne suffit pas à en faire un film prenant et solide. Les seconds rôles sont presque plus habiles que les principaux : Bradley Cooper est trainant, fade et pleurnicheur tandis que Ben Mendelsohn est charismatique, drôle et touchant. Je ne remets pas en question la qualité du film mais plutôt son contenu.

Par Lucille C


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