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Voilà bien longtemps qu’on attendait des nouvelles du duo britannique qui fait depuis plus de 20 ans figure de pionnier perpétuel de l’electronica (le versant « savant » de la musique électronique). Référence de bon goût pour les uns, vacarme imbuvable  pour les autres, Autechre est à la musique électronique ce que Stravinsky est à la musique classique : un pur ovni au son unique, un rituel électroacoustique subtil qui ne peut laisser indiffèrent.

Exai est ainsi le onzième album du groupe, trois ans après leur dernier opus Oversteps. C’est encore et toujours sous la bannière du fantastique label Warp Records (Aphex Twin, Squarepusher, Flying Lotus, Jamie Lidell et compagnie), auquel ils sont fidèles depuis 1993, que l’artefact  nous est livré.

Chacun de leurs albums est une sculpture sonore à part entière et Exai ne fait pas exception à la règle, similaire par les matériaux à ses prédécesseurs mais toujours innovant. John Peel leur fera notamment l’honneur de les convier à ses fameuses «Peel sessions » sur la BBC et Thom Yorke les désigne en partie responsable de la mutation du son de Radiohead marquée par Kid A. Prenez deux albums d’Autechre au hasard, peu importe les années ; on ne peut denier la continuité et la cohérence de leur parcours et l’indépendance de leur approche dans chacun de leurs objets sonores. Le duo fait partie d’une certaine élite, où la technique prime sur l’investissement technologique (tant pour leur diversité que leur sophistication ) et milite contre l’uniformisation de la musique. Revendication qui passe par la construction et la modification d’équipements sonores : analogique ou numérique, physique ou virtuel,  tout ce qui est capable de produire le moindre chuintement peut théoriquement passer sous le fer à souder ou l’éditeur de code de Rob Brown et Sean Booth.

Chaque titre d’Autechre entendu pour la première fois est un nouveau dépucelage mental de l’oreille, tabula rasa des certitudes musicales, et invoque l’écoute attentive. De l’apparent chaos naitront des structures complexes aux variations constantes et aux modulations composites, des univers révélés au fil des écoutes. Exai possède ces qualités, et se pare d’effets toujours aussi surprenants et ultra contrôlés, les patterns rythmiques des boites à rythmes mettent en mouvement les trames de synthé maltraitées. Deux maitres mots : rigueur et originalité.

Alors bien évidemment, je ne vous le conseille pas en soirée (surtout à la fin, vous risquez d’être accusé de harcèlement psychologique), ni pour le mariage de votre sœur, et si par malheur vous écoutez Exai au casque alors qu’une jolie soupirante vous aborde … dites que c’est du Bruel .

En preview sur Bleep  .

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