Figure musicale incontournable de la scène toulousaine depuis une bonne dizaine d’années, Al’Tarba a su s’exporter avec bonheur et réussite et ce dans différents styles. Tout d’abord beatmaker dans l’ombre, faiseur de sons voués à accompagner une partie de la scène underground française, il a su se réinventer au fil du temps pour devenir un artiste complet, passant avec une aisance toute particulière du hip-hop instrumental à une forme de breakcore parfaitement maîtrisée. Personnage inclassable quand il s’agit de définir son style, ses styles, c’est le 3 Mars dernier qu’il a signé son grand retour avec l’album La Nuit se Lève.

Une galette virtuose, confirmant s’il le fallait qu’Al’Tarba en a encore sous la semelle et que sa carrière n’en est qu’à ses débuts. 

Réception de La Nuit se Lève : check. Première écoute : check. Première impression : Putain…

Peut-être ce sentiment est-il générationnel, peut-être l’impression d’avoir écouté la bande originale d’un univers auquel on est familier depuis les années 90 joue-t-elle un rôle prépondérant dans la sensation qui nous traverse sitôt le premier morceau entendu…

Avec cette ouverture magistrale en guise de mise en bouche qu’est Welcome to Fear City on est en droit de se demander si l’on n’est pas arrivé trop haut, trop vite. La suite nous prouvera que non mais là n’est même plus la question. Ce qui compte à cet instant précis c’est le sentiment que l’on va avoir à faire à un style de musique difficile à définir mais dans le bon sens du terme. Savoir installer une atmosphère dès les premières mesures n’est pas chose aisée et Al’Tarba y parvient tel un metteur en scène ayant une patte bien définie. On ne parle pas ici d’un yesman à la solde d’un vulgaire film labellisé Marvel non, on parle bien d’un Scorsese époque Mean Streets (le titre du film choisi n’est pas innocent), d’un artiste à la personnalité musicale marquée et qui vous embarque avec lui sans vous demander votre avis.

L’expérience qui nous est ici proposée est différente de ce à quoi on peut s’attendre d’un album classique et produit par un beatmaker marqué hip-hop et breakcore. Différente en ce sens où les clichés ont la vie dure et où le quidam pouvait s’imaginer se retrouver avec une successions d’instrus dans les oreilles, sans nécessairement de continuité particulièrement marquée. Et bien non, on a ici entre les mains un album qui nous offre une plongée totale et sans retenue dans un univers filmique, en plein dans une bande originale de film noir. Le dossier de presse ainsi que les premiers échos évoquant La Nuit se Lève parlaient d’un son susceptible d’accompagner une balade dans Gotham City (la ville imaginaire de l’univers de Batman pour ceux qui vraiment n’ont aucune référence…) mais dès le premier titre et après confirmation apportée par tous les autres c’est à une autre série de comic books que l’on pense, à savoir Sin City, la merveille de Frank Miller (lui aussi auteur de certains volets de Batman, cqfd ) adaptée au Cinéma par Robert Rodriguez il y a maintenant quelques années.

Les interludes présentes tout au long de l’album, proposant des dialogues rappelant le Paris des années 50, les blousons noirs et le désespoir d’une nuit passée seul à errer dans une mégalopole confirment cette sensation filmique toute droite extraite d’un univers poisseux, de ces films en noir et blanc accompagnés d’une voix-off nous décrivant les sentiments qui traversent notre héros, souvent filmé à la première personne. Tout au long de La Nuit se Lève c’est dans des rues glauques et poisseuses que nous évoluons, observés par des regards que l’on ne peut imaginer que malveillants.

Concernant le son en lui-même on peut parler d’une construction empirique accompagnant la recherche du sample parfait, celui qui aura été synthétisé parfaitement et transmettra la sensation recherchée aux auditeurs. On découvre un Al’Tarba que l’on avait commencé à deviner lors de ces derniers titres en dates mais qui ici confirme que le beat purement hip-hop a fait long feu et que ses nappes synthétiques se font désormais plus sombres, plus graves à mesure que l’on avance dans l’écoute de cet album. C’est à de véritables montagnes russes auditives allant du breakcore au hip-hop en passant par un bon gros abstract hip-hop que l’on est confrontés.

La Nuit se Lève est, vous l’aurez compris, une exception dans sa construction, dans sa démarche générale. Au-delà de la musique elle-même c’est tout un concept parfaitement assumé et réalisé qui nous est ici proposé. Le son est solide, le projet cohérent et l’album aussi bien produit qu’il est réalisé, dans le sens cinématographique du terme.

On découvre un Al’Tarba aussi à l’aise en tant que metteur en scène qu’en tant que chef d’orchestre.

Programmé à Toulouse quelques jours après la sortie de son album c’est donc un artiste totalement en phase avec lui-même et ses projets que nous nous apprêtons à voir en live, au Connexion…

Non content de venir nous proposer son nouvel album en live, Al’Tarba se pointe au Connexion avec CloZee pour assurer son warm-up. On sait que cette dernière est, au moment de rentrer sur scène, à peine de retour d’une immense tournée à l’autre bout du monde et c’est tout à son honneur de reprendre du service aussi vite dans une salle qui commence à être plus qu’à moitié remplie.

Le set est solide, toujours dans cet esprit instrumental électronique et planant propre à la toulousaine. Oui, nous assistons à une soirée regroupant des artistes locaux et ça fait un bien fou de se dire que nos régions ont du talent, un talent qui s’exporte magnifiquement bien et qui sait rentrer à « la maison » pour satisfaire ses premiers fans.

Peu à peu le Connexion fait salle comble, la température monte et le public se fait de plus en plus motivé. Al’Tarba entre en scène. L’atmosphère et les lumières collent totalement à l’album et à ce que l’on attendait de sa représentation live (le revers de la médaille concernant la luminosité sera cependant pour les photographes présents dans la salle). Dès les premières mesures on est transportés dans l’univers de La Nuit se Lève et le son lui-même oscille entre plusieurs tendances. On pourrait aussi bien se trouver dans un club londonien que dans un film d’angoisse. Le côté bordel électro l’emporte cependant à la vue du public qui n’aura pas attendu cinq minutes pour devenir totalement fou et hyperactif, relâchant toute la pression accumulée au cours de la semaine sur un dancefloor mêlant habillement sueur et projection de bières (un classique de ces concerts totalement indémodable). Le live est parfaitement assuré et la présence sur scène de Droogz Brigade n’y est pas pour rien. On bouge dans tous les sens, on a chaud, on transpire, on boit un coup et on recommence. Un cycle complet sera une série de vingt.

On regrettera encore une fois un problème en terme de basses visiblement inhérent à trop de soirées au Connexion mais passons, arrêtons de nous répéter et concentrons-nous sur ce qu’il y a de positif, toujours.

Et ce qu’il y a de positif à retenir c’est cet album, La Nuit se Lève, que vous devez écouter par quelque moyen que ce soit et le plus vite possible.

Par Arnaud – Photos PNC Photographie


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