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« Les ignorants » c’est Etienne Davodeau et Richard Leroy. « Les ignorants », c’est un auteur de BD génial et un vigneron passionné. « Les ignorants », c’est une leçon de pinard et un cours de BD réunis dans un même livre.

Sorti l’an dernier chez Futuropolis, l’excellent Les ignorants met en scène l’auteur et son ami vigneron pour une initiation croisée : les dessous des livres et les coulisses  du vin. Venus à Paris pour une rencontre publique, ITMM a eu la chance de côtoyer deux auteurs/personnages de BD tout droit sortis des pages, de leurs pages.

Illustration_2Dans le monde de la bande-dessinée, on ne présente plus Etienne Davodeau. Connu pour Les mauvaises gens ; Rural ; Lulu femme nue ; Un homme est mort … Ses livres sont de véritables chroniques d’une époque, qui collent à la réalité avec force. Il décrit avec sincérité les « presque rien » de la vie des gens, qui sous sa plume n’ont plus rien d’ordinaire. La pertinence faire recette, à la fois auprès du public et de la critique : Grand prix 2005 de la critique, Prix France Info, Prix du scénario à Angoulème. Et pour les fans, Lulu femme nue sera prochainement adapté au cinéma avec Karin Viard dans le rôle titre (mais chuuuut, ça reste entre nous).

Richard Leroy, lui, c’est un ancien banquier, qui a tout plaqué pour se consacrer à sa passion : le vin. Il règne en maître sur 3 hectares rocailleux en Anjou qui font un vin blanc sec réputé, avec un seul cépage : le chenin. Exigeant avec ses vignes comme avec ses interlocuteurs, il travaille en biodynamie sans produits chimiques et défend un vin de qualité.

On aurait pu penser le monde viticole et celui de l’édition très éloignés … On aurait eu tort.

Etienne Davodeau : Un jour Richard est venu dans mon atelier et il m’a posé des questions tellement imbéciles sur mon travail que je me suis dit « ce gars n’a jamais ouvert une BD, c’est pas possible ! » C’est un mec extrêmement cultivé pour ce qui est du vin, mais il est vierge de toute culture en bande-dessinée. Quand on est auteur de BD on a cette déformation qui fait qu’on recherche des sujets en permanence et je me suis dit que ce gars là pourrait être un sujet…

Richard Leroy : J’avais déjà eu à faire au monde des médias, mais c’étaient surtout des journalistes qui venaient avec une idée très précise de ce qu’ils Illustration_finvoulaient, un scénario pré-établi et on ne sort jamais des clichés comme ça. Mondovino et autres ne reflètent pas vraiment les personnages qui y figurent. Avec Etienne j’avais lu Rural  et Les mauvaises gens et j’ai pensé qu’il pouvait vraiment refléter notre travail.

E.D : Les ignorants c’est un livre qui a été très largement improvisé. Quand j’entendais Richard parler de ses vignes et du monde du vin en général, assez facilement j’aurais pu remplacer le mot « vin » par le mot « bande-dessinée » et ça m’a donné l’idée de travailler les parallèles entre nos deux milieux.

R.L. :  Il y a une chose qui est formidable dans notre rencontre, c’est que nous avons parlé d’argent avec Etienne. Ça a duré à peu près 10 secondes : il m’a dit « Si je fais ce livre, on est d’accord, tu n’auras aucun droit dessus ». J’aime beaucoup ce genre d’auteurs, à aucun moment il ne lui vient à l’idée d’échanger sur le succès du livre. On se rend bien compte que son objectif c’est de toujours faire mieux, d’aller de l’avant et je trouve qu’on est vraiment en symbiose sur cette vision des affaires.
E.D : Oui, je ne fais pas un livre « sur » les gens, mais un livre « avec » les gens. Je me sens pas vraiment capable d’arriver avec une position surplombante, je demande donc aux gens de participer au livre. C’est « mon » livre, c’est clair, mais je passe un marché avec les gens qui deviennent des personnages. Tout ce que leur personnage dit dans le livre, ils ont le droit de le modifier, à l’infini, ils en sont responsables.
En général ça se passe assez bien, mais il y a des séquences qui ont été difficiles. La question du souffre (LA question dramatique dans la vie d’un vigneron bio) on a écrit les dialogues par mail pour être sûr que ce que dit le personnage Richard Leroy dans le livre corresponde bien à ce que dit le vrai Richard.

Illustration_3R.L : Le vin bio ça existe à peine. Jusqu’à maintenant on faisait du vin « issu de raisin de l’agriculture biologique ». Aujourd’hui apparaît un cahier des charges de « vin biologique ».  Moi je suis dans une démarche supplémentaire : la biodynamie. C’est une avancée supplémentaire et on est amenés à réinventer des choses qui ont toujours existé, comme l’observation de la terre et de l’environnement. Je serais très curieux de voir aujourd’hui des scientifiques se pencher sur ces méthodes, car les vins qui me parlent le plus sont issus de la biodynamie.

E.D : C’est pas facile quand on aborde ces sujets là avec des vignerons. C’est très beau d’entendre leur jargon, mais je comprends pas tout, surtout quand un vigneron rencontre un autre vigneron.
Par ce livre j’ai appris sur le vin mais aussi sur mon propre travail. Quand Richard se pointe dans mon atelier et pose des questions, ça m’oblige à expliquer des choses qui me paraissent naturelles mais qui ne le sont pas.

R.L : Je n’étais pas un grand lecteur de bande-dessinées avant. Aujourd’hui je suis la collection de chez Futuropolis, je suis ravi de pouvoir donner mon avis et ça les fait souvent sourire ! Quand je vais dans la boutique à Angers, je raisonne comme on pourrait raisonner quand on va acheter du vin : on va voir un caviste et on sent que s’il est passionné et vous en parle il saura vous conseiller. Je fais pareil pour la BD, je vais voir mon libraire et je lui demande « Donne moi un truc que je vais trouver bon ». Il me donne des BD à mon image.

E.D : Ça marche aussi dans l’autre sens. Pour être un vigneron comme le sont ces vignerons-là, il faut cultiver une espèce de savoir encyclopédique dans des domaines très variés : météorologie, géologie, cuisine, biologie … J’avais pas vraiment conscience de ça.
Aujourd’hui des gens s’intéressent beaucoup à leur travail. Il y a un géologue de Cambridge qui est venu quand j’étais dans les vignes avec  Richard et il voulait savoir ce que c’était « le caillou qui donnait ce vin là ! ». Ça  m’épate beaucoup. Ces vignerons sont souvent des gars un peu « rustiques » pas des sorbonnards en nœud-papillons.Illustration_4

R.L : Le livre a aussi entraîné un intérêt accru pour mon vin. Des jeunes qui se lancent dans la vigne et qui me demandent des conseils. Ça en devient un peu agaçant : toutes les personnes qui viennent chez moi avec le livre pour goûter mon vin on le droit de NE PAS en boire ! J’ai accepté de faire cette BD, mais le succès me retombe un peu sur le coin du nez. Mon vin il se vendait déjà avant. Je fais du vin pour qu’on enlève le bouchon et qu’on le boive, pas pour faire des objets de collection.

E.D : Sachez quand-même que Richard  dédicace le bouquin !

Par Anto

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